Random Track #4 : Benzino

Il faut réhabiliter Raymond Scott. Certes, ce bon vieux ‘Zino a ruiné à lui tout seul toute la crédibilité d’une institution de la presse rap et, de labels embarassés en featurings opportunistes, sa discographie a fini par ressembler à une longue suite d’extorsions en tout genre. Depuis le jour où il s’est acoquiné avec le journaliste David Mays, l’entrepreneur-rappeur-vieux-salaud a réussi à faire du magazine The Source son outil de propagande numéro un*, et ses choix stratégiques n’ont pas toujours été du meilleur effet, notamment le jour où il a décidé de partir en croisade contre Eminem pile au moment où 50 Cent explosait. Depuis que des investisseurs l’ont dépossédé du mag’ en 2005, celui qui avait déclaré “I am The Source !” n’a pas fait mieux : lancer un tabloïd hip-hop sur papier à l’heure où les gossip-blogs cartonnent reste une décision curieuse.

Mais malgré tout, Benzino mérite une deuxième chance. Déjà parce que, dans ce monde de super-héros qu’est le rap post-moderne (oui, post-moderne), Raymond occupe la place du méchant pathétique, celui qui se fait laminer le temps d’un clash mémorable (par Eminem, donc) mais trouve toujours le moyen de blesser le héros (un Eminem qui a eu bien du mal à se défaire des révélations de The Source sur son racisme supposé, et qui d’ailleurs a entamé sa descente aux enfers juste après). En plus, sa longue carrière est criblée de bons moments (son groupe, les Almighty RSO, était loin d’être ridicule). Et surtout, le vieux bostonien fait partie d’une entité de production tout à fait respectable, Hangmen 3, à qui l’on doit quelques uns des meilleurs sons east coast traditionnalistes de ce début de siècle. Notamment ‘What U rep’ de Prodigy, ‘Verbal Graffiti’ de Cormega ou encore l’intro de “Stillmatic”. Tout de même.

Pas convaincus ? Jetez donc une oreille à ‘Bang ta dis’, extrait de l’album “The Benzino Project”, sorti en 2001 – en pleine âge d’or du rap new-yorkais, donc. Benzino n’est pas fondamentalement un bon rappeur, mais quand une boucle de piano tient la route, on peut tout pardonner.

Benzino – Bang ta dis (“The Benzino Project”, 2001)

* Pour plus d’infos sur cette histoire, n’hésitez pas à vous plonger dans la longue et passionnante interview que le co-fondateur de The Source Reggie Dennis avait accordé au site hiphopdx il y a quelques années.