Archive pour juillet 2008

Random Track #5 : Memphis Bleek/Jay-Z

Les albums Roc-A-Fella de la période 1999/2000 sont étranges. Chronologiquement, ils se situent à la fin de l’ère du tout-électronique et à l’aube du retour en grâce du son soulful dont “The Blueprint” sera l’accomplissement en 2001. Résultat, il y a dans certains titres de “The Truth” (Beanie Sigel) et “The Understanding” (Memphis Bleek) des moments curieux d’expérimentation maladroite, de gros son-club et de redécouverte du sampling – souvent en simultané. C’est ainsi que Beanie Sigel s’est retrouvé à rapper sur un sample de Pacman dans son premier solo et Memphis Bleek à se coltiner notre morceau du jour, “Change up”, sur une production qui, comme son nom l’indique, changeait de couplets en couplets.

Il se passe quelque chose de fabuleux sur ce titre, dont Beanie Sigel et Jay-Z sont les invités. On sait que Shawn Carter a toujours fait ce qu’il voulait de son protégé (jusqu’à s’octroyer un morceau rien que pour lui, ‘Dear summer’, sur l’album “534″). Dans ‘Change up’, il bat tous les records. A la fin du morceau, alors qu’il s’échauffe pour son couplet, Jay-Z décrête que finalement, non, il “ne rappera pas sur des conneries“, exige “de la vraie musique” et balance toute l’équipe sur le morceau qui suit, ‘My mind right (remix)’.

Dans ce genre de moment, on retrouve tout ce qui a fait le charme de la ruée vers l’or du label Roc-A-Fella à la fin du siècle dernier : des rappeurs en maillots NFL assoiffés de gloire et d’argent, convaincus de conquérir le monde sous l’aile confortable d’une méga-star qui, lui, savait pertinemment où il allait. Une mythologie immortalisée la même année dans “The Dynasty”, le grand album méconnu (ou presque) de Jay-Z.

Memphis Bleek – Change up ft. Jay-Z and Beanie Sigel / My mind right (remix) ft. Jay-Z, H. Money Bags and Beanie Sigel
(“The Understanding”, 2000)

THE LOST BEAT-CD : Extraits

BEAT#2 : FLASHES BEFORE YOUR EYES

BEAT#4 : THE CONSTANT

BEAT#5 : CONFIRMED DEAD

Random Track #4 : Benzino

Il faut réhabiliter Raymond Scott. Certes, ce bon vieux ‘Zino a ruiné à lui tout seul toute la crédibilité d’une institution de la presse rap et, de labels embarassés en featurings opportunistes, sa discographie a fini par ressembler à une longue suite d’extorsions en tout genre. Depuis le jour où il s’est acoquiné avec le journaliste David Mays, l’entrepreneur-rappeur-vieux-salaud a réussi à faire du magazine The Source son outil de propagande numéro un*, et ses choix stratégiques n’ont pas toujours été du meilleur effet, notamment le jour où il a décidé de partir en croisade contre Eminem pile au moment où 50 Cent explosait. Depuis que des investisseurs l’ont dépossédé du mag’ en 2005, celui qui avait déclaré “I am The Source !” n’a pas fait mieux : lancer un tabloïd hip-hop sur papier à l’heure où les gossip-blogs cartonnent reste une décision curieuse.

Mais malgré tout, Benzino mérite une deuxième chance. Déjà parce que, dans ce monde de super-héros qu’est le rap post-moderne (oui, post-moderne), Raymond occupe la place du méchant pathétique, celui qui se fait laminer le temps d’un clash mémorable (par Eminem, donc) mais trouve toujours le moyen de blesser le héros (un Eminem qui a eu bien du mal à se défaire des révélations de The Source sur son racisme supposé, et qui d’ailleurs a entamé sa descente aux enfers juste après). En plus, sa longue carrière est criblée de bons moments (son groupe, les Almighty RSO, était loin d’être ridicule). Et surtout, le vieux bostonien fait partie d’une entité de production tout à fait respectable, Hangmen 3, à qui l’on doit quelques uns des meilleurs sons east coast traditionnalistes de ce début de siècle. Notamment ‘What U rep’ de Prodigy, ‘Verbal Graffiti’ de Cormega ou encore l’intro de “Stillmatic”. Tout de même.

Pas convaincus ? Jetez donc une oreille à ‘Bang ta dis’, extrait de l’album “The Benzino Project”, sorti en 2001 – en pleine âge d’or du rap new-yorkais, donc. Benzino n’est pas fondamentalement un bon rappeur, mais quand une boucle de piano tient la route, on peut tout pardonner.

Benzino – Bang ta dis (“The Benzino Project”, 2001)

* Pour plus d’infos sur cette histoire, n’hésitez pas à vous plonger dans la longue et passionnante interview que le co-fondateur de The Source Reggie Dennis avait accordé au site hiphopdx il y a quelques années.

Scandale : Oxmo n’aime pas LOST


Ha… La vie d’artiste.

Mr Oxmo Puccino est venu cette année aux Eurockéennes de Belfort dans le cadre de La Bande Originale, une création collective pour fêter les vingt ans du festival, avec la participation de Camille, Olivia Ruiz, Amadou et Mariam, Nosfell, Didier Wampas, Daniel Darc et quelques autres. Le concert a eu lieu vendredi, Oxmo y a notamment interprété une reprise de Tricky et ‘Nirvana’ (extrait de “Lipopette Bar”). J’ai raté une partie du concert mais j’étais présent à la conférence de presse qui a suivi, et je n’ai pas manqué de filer à Ox’ l’un de mes fameux “LOST BEAT-CD”.

J’ai kiffé.

Je lui propose le skeud, Oxmo regarde la pochette avec curiosité et me demande : “C’est un logo Dharma ça ?“.
Moi (bouillant) : “Ouais !!!“.
Lui : “C’est une banane LOST !
Moi : “Ca tue ! T’as regardé la saison 4 ? Regarde la saison 4 !
Lui : “Ha nan… Ils te ressortent des mystères qu’ils ont mis de côté dans les premiers épisodes, ça part dans tous les sens… C’est une banane !
Moi : “Mais nan ça tue !! Regarde la saison 4, tout retombe sur ses pattes.
Lui : “LOST, je boycotte !

Un très bon moment. C’était la première fois que je rencontrais Oxmo et j’ai été bluffé par sa simplicité. Pendant le show, il dégageait un plaisir à faire de la musique vraiment communicatif. Le Beat-CD est désormais entre ses mains… A suivre !

Mais n’empêche, faut vraiment qu’il regarde la saison 4.

Random Track #3 – Field Mob

J’ai toujours eu un mal fou à décrire ce qui me plaît tant dans l’univers sonore de la Dungeon Family (OutKast, Goodie Mob et consorts) alors je vais rester concis : mon Dieu que ce morceau défonce. ‘All I Know’ est un bonus track de “From tha Roota to tha Toota”, deuxième album de Field Mob – un duo : Shawn Jay et Smoke – et c’est, de loin, le meilleur titre. Field Mob ne sont pas affiliés à la Dungeon Family mais Cee-Lo est l’invité et c’est à mon sens l’une de ses meilleures apparitions sur un projet hors-DF. Et puis ces guitares… Si je ne devais retenir qu’un seul détail de tout le décorum Dungeon Family, ce serait les guitares. Vous entendez celle qui pleure sur le refrain ? Si vous connaissez un type qui sait en jouer de la même façon, ça m’intéresse. Mais vraiment.

Attention, anecdote : je pars pour les Eurockéennes de Belfort cet après-midi, et vous savez quoi ? J’ai réussi à caler 25 mn d’interview avec Cee-Lo Green himself. Je suis bouillant. Préparez-vous pour un nouveau post dans ce genre-là très prochainement. Et si vous avez des idées de (bonnes) questions, n’hésitez pas à les poster ici.

Bon week-end.

Field Mob ft. Cee-Lo – All I know (”From tha Roota to tha Toota”, 2003)