Le 11 septembre est dans le pré

Phénomènes – M. Night Shyamalan
Sortie le 18 juin 2008
(Vous permettez que je fasse mon critique de cinéma, mais il faut vraiment que j’écrive un truc sur ce film – attention : spoilers)
Dans “Cloverfield”, le film-catastrophe tétanisant dans lequel un monstre saccage New-York sous l’oeil médusé d’une bande de jeunes équipés d’une caméra, on peut entendre un policier évoquer la bête mystérieuse avec une réplique limpide : “It’s winning“. On pourrait dire à peu près la même chose des “Phénomènes” qui agitent le dernier film de M. Night Shyamalan, sorti mercredi dernier : dans le nord-est des Etats-Unis, les gens se suicident tous, les uns après les autres, à grande échelle. Impossible de savoir ce qui est à l’origine de cet auto-génocide, ni pourquoi, mais on ne peut pas y faire grand chose. Là aussi, it’s winning.
Un couple en pente douce (Mark Wahlberg et Zooey Deschanel), leur ami et sa fille fuient New-York en croyant trouver refuge loin de Central Park, là où la première vague de suicides a eu lieu. L’un de leurs compagnons d’infortune leur explique que l’attaque est causée par la nature elle-même, qui aurait enclenché son sytème de défense : une toxine qui met en sourdine l’instinct de survie chez les humains. Ce postulat malin fait de “Phénomènes” le premier film catastrophe en rase campagne. L’ennemi est le décor : herbes folles, sous-bois, chênes centenaires, brise légère. L’idée est tordue, et il fallait un cinéaste fermement convaincu par son sujet pour réussir à transformer un simple coup de vent en attentat terroriste. Dieu merci, c’est Shyamalan qui est derrière la caméra. Et il est en grande forme.
Le spectre du 11 septembre est fatalement omniprésent. Son souvenir donne notamment lieu à une séquence incroyable où un ouvrier en bâtiment désemparé lève les yeux et voit ses collègues de travail tomber des échaffaudages comme des mouches et se fracasser au sol. Visuellement, c’est grandiose, comme l’étaient les temps forts des meilleurs films de Shyamalan. Mais contrairement à “Sixième sens” et “Incassable”, “Phénomènes” n’a (presque) pas de pirouette finale. Tant mieux : l’idée reçue voudrait que Shyamalan ne soit qu’un cinéaste à gimmicks, dont les films n’ont pour seul intérêt que leurs trois dernières minutes. Mais c’est tout le reste qui fait la différence, sa façon de ralentir le rythme, d’instaurer une tension effroyable au milieu du calme absolu, de composer délicatement les plans avant de tout faire voler en éclat à coup de terreurs paroxystiques. Depuis “La jeune fille et l’eau”, étrange mise en abyme sur la création déguisée en conte moderne, Shyamalan n’a plus l’angoisse de la page blanche, il a retrouvé sa capacité à filmer l’angoisse.
Intense, paranoïaque et immédiat, “Phénomènes” est, quelques mois après “Cloverfield”, une nouvelle variation brillante dans le genre ultra-codé des films-catastrophe. Et si pirouette il y a, elle se trouve au début du film, quand Mark Wahlberg explique à ses élèves que les abeilles viennent de disparaître des Etats-Unis. Au tableau, une citation d’Einstein : “le jour où il n’y aura plus d’abeilles, ça voudra dire qu’il ne reste plus que 4 années à vivre pour l’humanité“. Chez M. Night Shyamalan, les morts-vivants sont des psychologues mélancoliques, les super-héros des gardiens de stade. Dans “Phénomènes”, en filmant des hommes et des femmes qui arrêtent de marcher, s’assoient au bord de la route et s’ouvrent les veines avec la clé de leur appartement, le cinéaste nous raconte en fait le premier jour de l’Apocalypse.
23.06.2008
Complètement d’accord avec toi – en moins enthousiaste.
Sinon, j’ai vu le dernier “Indiana Jones” hier. Je comprends pourquoi Dreyf imite si bien Shia Labeouf (“C’est ma mère !”), il y a des ressemblances entre les deux…
23.06.2008
A l’avant-première, tous les fans étaient venus sapés en Indiana Jones. Dreyf c’était le seul Shia LaBeouf de la file d’attente, et il l’avait même pas fait exprès !
Sinon, pour “Phénomènes”, j’ai failli faire une longue tirade scandalisée sur la traduction française du titre original (“The happening” ) que je trouve pas terrible du tout, mais j’me rend compte qu’ils pouvaient difficilement faire mieux. Du coup j’ai juste fait une longue tirade enthousiaste. :)
23.06.2008
Ben ils auraient mieux fait tout simplement de garder le titre original… parce que, quand même, la “traduction” enlève quelque chose… un peu le côté “oppression” (peut être pas le mot approprié, mais je me creuse la tête et je ne trouve pas autre chose)… “phénomènes” ça sonne un peu plat à mes oreilles….
Sinon bon billet JB…
Jamais été déçu, pour le moment, par ce qu’a fait Shyamalan…
Même “La Jeune fille de l’eau”, que j’avais trouvé assez perturbant aux premiers abords mais qui finalement m’a bien plu.
23.06.2008
Grande chronique. Et pourtant, j’ai détesté le fim.
23.06.2008
Vous faites plaisir. Yacine, dis-moi tout.
24.06.2008
Dernier essai, pour la gloire :
J’ai pas la force, désolé. Autant j’avais bcp aimé “Incassable”, “le 6eme sens” et dans une certaine mesure “Le village”, autant là j’ai pas aimé. (“La jeune fille” est passé en coup de vents dans les salles, je l’ai loupé). Plusieurs raisons:
- Plus le temps passe plus Shyamalan nous demande de gober des trucs énormes, mais fait à chaque fois moins d’efforts pour nous convaincre. Du genre “croyez c’est tout. Parce que j’en ai décidé”. C’est un peu trop comme preuve d’amour à mon goût.
- En général, il caractérise très bien les personnages principaux, ils ont des motivations fortes, un background épais (même dans SIGNES que j’ai moins aimé) qui conduisent le récit au-delà de l’argument SF/fantastique. Là Mark Whalberg et sa meuf c’est un peu “L’amour du risque au pays des suicidaires”, on en sait très peu sur eux et le peu qu’on sache (le coup du tiramisu, j’ai rougi, je vous jure) est risible.
- Enfin, autant Shyamalan est convaincant quand il raconte une aventure humaine à tout petite échelle (incassable, 6eme sens) ou un peu moins (le village), autant dès qu’il part dans des trucs sur la survie de la panète et l’attitude infantile de l’espèce humaine, son discours sonne soit creux soit bizarrement messianique (ce qui est plus inquiétant).
Par contre j’ai bien aimé la PREMIERE SCENE (hum) & la coiffure de la copine de Mark Whalberg. Sa frange lui donnait un air irréel je trouve.
24.06.2008
Yo, j’viens mettre un commentaire sur ce film que j’ai vu ya pas longtemps parce que je regarde tous les films de Shyamalan (sauf La jeune fille de l’eau).
Moi j’ai pas du tout aimé. Je pense que c’est le pire film du réalisateur. Sérieusement quand j’ai réfléchie à tous les films que j’ai vu de lui ba tout ceux d’avant le dépasse largement.
En fait, je trouve qu’il a un vrai style en faisant peur avec des choses qu’on ne voit pas mais dans ce film là il le surexploite. 1 ça ne fait pas une seconde peur, 2 ça n’angoisse pas non plus,3 il se passe un peu tout le tps la meme chose pdt 1h30. Et chui daccord avec Yacine pour les perso qui sont pas très travaillé. Disons que s’ils étaient mort à la fin j’aurais rien ressentie.
Perso j’ai trouvé l’actrice carrément pas convaincante. Ces yeux exprime rien du tout (ptet que je suis tout seul a me comprendre là dessus)
En fait j’arrive pas à croire à l’histoire une seconde. L’ennemi (la nature) qu’ils fuient est tellement impalpable que ça marche pas.
On comprend qu’à la fin qui tue les Hommes et Shyalaman nous balance une morale un peu bisounours je trouve. “Si on fait du mal à la nature en polluant elle va se venger”. J’ai un peu l’impression qu’il avait voulu faire son devoir civique avec ce film.
Coté positif du film: Les scenes ou ils se suicident sont impressionante.
La scene ou il parle à une plante en plastique
Ps: J’avais pas grillé pr les référence aux 11 septembre bien joué
08.01.2009
[...] JB, collègue de l’abcdr, chroniqueur fou, webmaster de génie et beatmaker de talent en a remarquablement parlé ici. [...]
14.01.2009
[...] (Bruce Willis), qu’il voit des gens qui sont morts dans Sixième Sens. Au début de Phénomènes, il y a la même tristesse désemparée quand des ouvriers lèvent les yeux au ciel et voit une [...]
08.11.2009
[...] JB, collègue de l’abcdr, chroniqueur fou, webmaster de génie et beatmaker de talent en a remarquablement parlé ici. [...]