Indy 4 : le test

ATTENTION ! Je raconte tout le film. Allez-le voir avant de me lire.

Voilà, ça y est. “Indiana Jones et le Royaume du Crâne de Cristal” n’est plus un lointain fantasme, ce n’est plus cette Arlésienne attendue avec un mélange d’excitation et d’incrédulité depuis deux décennies. Le film est désormais en salles, et le Net doit être submergé de torrents de commentaires enthousiastes, indifférents, déçus ou horrifiés. Forcément, je me dois de participer à la grande parade.

Comment parler d’un film que j’ai aimé du plus profond de moi-même avant même d’en avoir vu une seule image ? Faisons les choses simplement : prenons 10 critères qui définiraient l’essence même d’un “Indiana Jones”, notons-les respectivement sur 10 points pour obtenir une note sur 100. Avec 5 points bonus reposant sur des détails aléatoires. Allons-y :

01. Harrison Ford
La principale crainte qui entourait ce quatrième épisode était de savoir si les articulations de ce soixantenaire d’Harrison Ford tiendraient la route. Ces dernières années, il était apparu un brin bourru en interview, à la limite de l’agaçement quand on lui parlait d’Indy (voir le numéro d’Empire pour les 25 ans de la Trilogie). Immense soulagement : filez-lui son chapeau, et Harrison Ford retrouve ses automatismes en un claquement de fouet. Dans “Indy 4″, il est drôle, alerte, attachant, et il n’a perdu aucune de ses mimiques d’archéologue un brin fatigué en fin de journée. Harrison Ford est Indiana Jones – et on se trouve bien niais d’avoir pu en douter.
Note : 8/10

02. Le MacGuffin
L’Arche d’Alliance est intouchable. Les trois épreuves qui menaient au Graal aussi. Le Crâne de Cristal, par contre, fait un peu toc. Il a son charme, certes, mais pendant la scène d’ouverture, on ne peut s’empêcher d’espérer qu’Indy découvre une nouvelle fois l’Arche d’Alliance plutôt que l’extra-terrestre de Roswell. Je sais, je sais : l’action se déroule dans les années 50, raison invoquée par Spielberg et Lucas pour faire des clins d’oeils à la science-fiction de l’époque, mais le Trésor de ce quatrième épisode souffre immanquablement de la comparaison avec ses prédécesseurs.
Note : 5,5/10

03. La fille
Marion Ravenwood a toujours été la plus belle. Et Indiana Jones n’est pas un dragueur sans vergogne comme peut l’être James Bond. C’est donc un vrai bonheur de les retrouver ensemble, et leur couple fonctionne à merveille – excellente scène de ménage à l’intérieur du camion. Si vous n’avez pas eu un sourire béat en les voyant convoler en noces à la fin du film, c’est que quelque part, vous êtes un sale con.
Note : 8/10

04. Le méchant
Je précise : j’ai vu le film en VF, et le doublage “Russkov Molotov” de Cate Blanchett est assez calamiteux. Toujours-est il que son personnage manque un peu de caractère. Certains aspects sont bien vus (son épée, notamment) mais elle n’a ni la charmante ambiguïté d’Elsa dans la “Dernière Croisade”, ni le charisme inquiètant de Bellocq dans “L’Arche Perdue”. Et comme elle n’arrache le coeur de personne, elle finit immanquablement à la dernière place des méchants dans le monde d’Indiana Jones.
Note : 5/10

05. Les seconds rôles
Dans le rôle de Mac, Ray Winston a un truc qui me débecte : sa façon d’appeler Indiana Jones “Jonesy“. Insupportable. John Hurt est limité par son rôle de neuneu. Mais Shia LaBeouf est remarquable. Je comprend que Steven Spielberg l’ait imposé en choix unique pour jouer le fils d’Indiana Jones. Il est fougueux, beau gosse, marrant et le plaisir qu’il prend à participer à la légende Indiana Jones se lit sur son visage. En plus, il a un côté Marty McFly carrément irrésitible.
Note : 7/10

06. La scène d’ouverture
Un peu inégale à mon goût. Il y a d’excellentes idées (la scène du réacteur, le village-test pour la Bombe Atomique) mais le fait de voir Indy dans un cadre 100% US manque un peu d’exotisme. Je demande une deuxième vision pour avoir un avis définitif sur le sujet, car il faut avouer que je n’étais pas tout à fait pendant mon état normal pendant les dix premières minutes du film.
Note : 6,5/10

07. La mort cruelle
Il en faut une dans chaque Indiana Jones. Des visages qui fondent, des têtes écrasées, des chutes dans le vide. Dans “Indy 4″, le cahier des charges est rempli brillamment pendant la scène incroyable des fourmis tueuses. Peut-être la partie du film la plus maîtrisée.
Note : 9/10

08. L’humour
Là aussi, on est servi : des petites blagues animalières typiques de Spielberg jusqu’à la pirouette finale (Mutt qui veut essayer le chapeau de son père comme pour prendre la relève, et Indy qui lui subtilise au dernier moment), on a droit à un épisode très drôle. D’autant plus réussi que la plupart des blagues restent en mémoire : la triple-cascade en bateau gonfable (“wow… WOW !“), Marion qui reste agrippée au volant de la voiture avec un sourire figé, Shia qui balance un python pour sauver Indy des sables mouvants… Du très beau travail.
Note : 8/10

09. La musique
Allez savoir pourquoi, j’ai trouvé le score de John Williams moins subtil et ébouriffant que sur les précédents épisodes. Je ne vais pas aller plus loin dans l’explication pour éviter de me mettre dans l’embarras, mais je n’ai pas vraiment été transporté par le son, alors que, par exemple, le thème qui accompagnait l’Arche dans le Premier était vraiment tétanisant. Là aussi, je demande une deuxième vision.
Note : 6/10

10. Le supplément d’âme
Soyons honnêtes : “La Dernière Croisade” exploitait tellement bien la relation père/fils entre Harrison Ford et Sean Connery qu’il était quasi-impossible de faire mieux. “Indiana Jones et le Royaume du Crâne de Cristal” n’a peut-être pas ce souffle qui le hissera au niveau de ses glorieux aînés, mais je ne peux pas être aussi catégorique et définitif au sujet d’un film qui va forcément me suivre jusqu’à la fin de ma vie.
Note : 6/10

Bonus Points :

1. Le gimmick du logo Paramount : astucieux et amusant. 1 point.
2. Le type qui a sorti sa trompette dans le Grand Rex avant le début du film pour jouer le Thème d’Indiana Jones au milieu d’un public chaud comme la braise. 1000 points. 1 point.
3. Les affiches partout dans les rues : photographiez-les, contemplez-les, profitez-en bien, d’ici quelques jours elles ne seront déjà plus qu’un vieux souvenir d’enfance. 1 point.
4. Charles Widmore et Mikhail Bakunin parmi les seconds rôles : 1 point.
5. L’hommage rendu à Marcus Brody et Henry Jones (RIP) : 1 point.

Note finale : 74/100 (soit 15/20 – j’arrondis à la moyenne supérieure car l’élève avait un excellent dossier)
Je me range du côté des fans raisonnables : ce n’est sans doute pas l’épisode ultime de la saga (la partie centrale du film est un peu molle) tout simplement parce que ça ne pouvait pas être l’épisode ultime de la saga. “Indiana Jones et le Royaume du Crâne de Cristal” a cependant tous les ingrédients qui font que l’on aimera pour toujours le Docteur Jones et fait honneur à l’héritage de la série. Pour ça, je ne peux avoir au final qu’un seul mot à l’égard de Steven, Harrison, Georges et les autres : merci.