Et si j’écrivais mieux que Lionel Florence ?

C’est la question cruciale que se pose Kery James dans ‘A l’ombre du show bizness’, sa collaboration tant attendue avec Charles Aznavour. En invitant Le Grand Charles sur son nouvel album, l’ex-Ideal J a donc plié : pas de morceau sur l’Amour (gasp !), pas d’introspection, mais un argumentaire enflammé sur le thème “Oui, les rappeurs sont aussi des artistes“. Il fallait s’y attendre : en se mesurant à Aznavour le temps d’un titre, Kery James n’a pas pu échapper à l’éternel complexe d’infériorité du rappeur face à la “vraie” musique. Les mots “art” et “poésie” sont omniprésents, et Kery brandit les Victoires de la Musique comme une pomme de discorde, avec un mélange confus d’envie et de rejet (“Combien de temps vont-ils se partager les Victoires de la Musique ? On s’en fout…“). Dès la première mesure de ce morceau placé en fin d’album, Kery assène : “Ils tentent d’étouffer notre art, faut être honnête, ils refusent de reconnaître qu’en ce siècle les rappeurs sont les héritiers des poètes“. Retour dix ans en arrière, “Le Combat continue”, dernier morceau, première mesure : “J’aurais voulu être un artiste (mes couilles) j’aurais voulu être un mec riche, et lorsque je m’adresse au public faut pas qu’je triche“. Autres temps…
Jamais à l’abri de ses contradictions, Kery James fait quand même plaisir : il lit ce blog ! Hé ouais, entre mélancoliques, on s’comprend. Non, en vrai, Kery James s’en tape complétement mais il a quand même retenu malgré lui une partie de mes conseils : sur le morceau, Aznavour ne fait pas de gros refrain, mais une simple conclusion parlée. Côté production, pas de simagrées, c’est bien des pianos et des violons, avec de bonnes envolées dramatiques pour accentuer l’interprétation exorbitée de Kery. Charles Aznavour fait donc sa discrète apparition après le dernier couplet : groupie comme je suis, j’aurais aimé qu’il nous livre une ou deux vérités universelles du genre “Ne cultive pas les regrets car on ne récolte jamais que les sentiments que l’on sème“, mais finalement son court monologue complète le texte de Kery James et lui donne un relief assez émouvant. Aznavour a l’allure d’un vieux chêne millénaire qui dispenserait de sages conseils à un jeune égaré, et sa tempérance apporte un bel apaisement à son hôte, d’autant que Kery James injecte une telle passion à son interprétation qu’il donne l’impression de rapper depuis une cellule capitonnée. Mais en donnant à Aznavour le dernier mot de l’album, il fait un choix humble et judicieux. Plus qu’un simple featuring, Charles Aznavour est ici presque narrateur, voire caution morale de tout l’album. Mathilde Seignier doit faire la gueule.
Bon, évidemment, je vous cache pas que ça me fait un pincement au coeur de savoir qu’un album de rap français se termine sur la voix d’Aznavour. Sur le coup, on s’est un peu fait griller mais cette collaboration-événement n’aura à mon avis pas de suite (j’imagine mal Aznavour faire son Lil’ Wayne et devenir l’invité-récurrent des albums de rap). Et quand notre album sortira – s’il sort un jour – on risque de devenir les mecs qui font comme Kery James, mais c’est pas très grave. Dreyf en a presque fini de sa mixtape, on va pouvoir se remettre au travail. Je sais qu’on risque d’affronter encore pas mal de jours de doutes (mon Dieu, ce blog vient de souffler sa première bougie) mais pour retrouver le droit chemin, je pourrai toujours me réconforter en réécoutant ce morceau imparfait mais touchant, et retenir ces paroles qui, finalement, sont peut-être d’autres vérités universelles :
“Les portes sont fermées, verrouillées, mais elles s’ouvrent petit à petit. Et plus tu y croiras, plus tu pourras, plus tu réussiras, à l’ombre du showbizness.”
26.03.2008
Sympa ce post. Faut que j’écoute ce morceau.
Sinon, j’ai pas pigé la référence à Mathilde Seigner ?!?!?
26.03.2008
J’ai un souvenir assez flou de cette histoire, mais il me semble qu’un jour, sur un plateau de télé, Aznavour a défendu le rap devant Mathilde Seignier (éternelle pourfendeuse du genre). Il lui avait un peu cloué le bec. Mais si ça se trouve, j’ai complétement fantasmé cette histoire et ça n’a jamais eu lieu !
A ce sujet faudrait que je remercie Sear pour la fois où il a dit dans un reportage qu’elle “parlait comme une poissonière” (et ça c’est vraiment arrivé). Je vois encore son visage déconfit dans un coin de l’écran. Génial.
27.03.2008
“mon Dieu, ce blog vient de souffler sa première bougie”
Joyeux anniversaire !
27.03.2008
Cool ce post ! Je me rappelle pour Sear, c’était chez Fogiel, sur la 3.
Sinon, j’aimerais bien lire les crédits du morceau en question, voir si Aznavour est l’auteur du dit monologue (pas encore écouté ni le morceau ni l’album mais ça ne devrait tarder).
27.03.2008
J’ai l’impression qu’il a du un peu l’improviser, ça sonne pas comme quelque chose d’écrit.
02.04.2008
pour yacine ya rien a ce sujet dans les credits ( kery james/dj maitre, tefa, ian aledji ) realisé par tefa et masta pour kilomaitre prod et kery james avec la participation exceptionnelle de charles aznavour )
sympa l’article