Cloverfield défonce.

ATTENTION : Si vous n’aimez pas quand un connard en fait des tonnes autour d’un film que vous n’avez pas vu et que vous souhaitez voir sans forcément en connaître tous les détails, ne lisez pas ce qui suit et passez votre chemin.

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La mort incarnée. Définitivement.

Voilà, c’est dit. C’est un fait. C’est comme ça. Cloverfield dé-fonce.

Tout à l’heure, quand les lumières se sont rallumées dans le ciné, j’ai entendu un mec derrière moi prendre un air blasé et dire, grosso modo, que le film était “une merde” avant de s’étonner que “Cloverfield” et sa mise en scène façon reportage commando au caméscope ne proposait aucune explication quant à l’existence de ce fameux monstre qui, pendant 1h20, met New York à feu et à sang. Allez savoir pourquoi, les films catastrophe génèrent souvent ce genre de réactions un peu débiles de la part des spectateurs lourdingues pointilleux : ils ironisent sur l’héroïsme des personnages, ils ricanent un peu bêtement pendant les moments de silence qui suivent les séquences intenses et pointent du doigt la véracité scientifique des faits (comme si le monde avait besoin de savoir si, dans la vie réelle, Will Smith pourrait vraiment assomer un alien à coups de poings). C’est un peu comme les gens qui aiment le rap “qui s’éloigne des clichés gangsta” : plutôt de d’admettre qu’au fond, c’est bien le rap qu’ils détestent, ils se parent d’arguments absurdes pour déboulonner le genre, et considèrent comme caricaturales des choses qui constituent parfois l’essence même de cette musique. Petit rappel salutaire : “Cloverfield” est bien un film catastrophe, dont la vocation est, tout simplement, de clouer le spectateur à son siège. Et, très sincèrement, ça marche. A plein régime.

La barre était haute, car toute l’excitation autour du film était basée sur sa première bande-annonce, hallucinante d’intensité, qui montrait une fête entre amis tourner en apocalypse urbain. La grande réussite de “Cloverfield”, c’est de réussir à faire honneur à ce trailer foudroyant et de maintenir sa pression pendant toute la durée du film. Honnêtement, je ne vois pas comment quelqu’un qui a kiffé la bande-annonce ne pourrait pas être figé d’effroi en se prenant en pleine tête les énormes coups de semonce qui ponctuent l’exode chaotique des personnages, filmés par un pote dont le dévouement envers sa caméra est assez ahurissant, mais plausible (accroche des Inrocks : “Cloverfield, le film catastrophe à l’ère de Youtube“).

Et peu importe qu’il n’y ait peu d’explications quant au pourquoi du comment, ou que 2/3 maladresses viennent un peu tenir le spectacle, ni que ce foutu caméscope soit toujours fixé sur l’action même dans les moments où n’importe quel être humain censé l’aurait jeté à terre en hurlant de terreur. “Cloverfield” est à la hauteur du fantasme qu’il a engendré. Le film est échevelé, crédible dans sa mise en scène, bien ancré dans son époque et terriblement efficace. Mieux : il fonctionne autant par son pouvoir de suggestion que par sa puissance visuelle et sonore, et réussit à capitaliser sur le mystère qui l’a précédé en laissant au spectacteur le choix de construire une autre mythologie “Cloverfield” une fois sorti du ciné, là où un “Projet Blair Witch” se dégonflait comme une baudruche.

Et pour vous dire comme le film tient la route (ou comme je suis bon public) : j’ai osé voir le film en version française, ce qui aurait du le plomber définitivement.

Voilà, c’est dit. C’est un fait. C’est comme ça. Cloverfield défonce.