Archive pour janvier 2008

Mettez les femmes et les enfants à l’abri

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(Previously on LOST)

Kery James et Charles Aznavour : 10 conseils pour un featuring réussi

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Alors là, je dois dire que je suis sous le choc :

Rap2k, il y a 10 jours : “Dans une interview qu’il a donné cette après-midi à une radio locale de Grenoble, Kery James a annoncé qu’il y aurait Charles Aznavour en featuring sur son prochain album. Ceci n’est pas une rumeur bidon mais est bel et bien officiel, et je pense qu’il faut s’attendre à son qui risque de faire très très mal. “

Je sais pas trop quoi penser de tout ça (traduction : je suis mort de jalousie). D’un côté, je ne peux que me réjouir de voir Charles Aznavour franchir le cap et participer à un album de rap après avoir publiquement défendu le genre pendant des années. Et puis, si on fait le tri, il n’y a pas 50 rappeurs qui peuvent décemment pouvoir inviter Charles Aznavour sur leur album. On doit à Ideal J l’un des morceaux les plus marquants dans le registre des samples d’Aznavour (“Evitez”) et Kery James a une mélancolie qui peut faire un contraste intéressant avec la voix du Grand Charles.

De l’autre, les énormes featurings ambitieux n’ont pas toujours été les plus grandes réussites artistiques du rap français. Et même si je devrais être la dernière personne à dire ça, j’ai pas spécialement envie d’entendre Charles Aznavour sur un morceau de rap. Le sampler, c’est une chose (une très bonne chose !), mais l’avoir sur un morceau, c’en est une autre. C’est un peu comme quand Jay-Z a voulu inviter Booba sur scène au Zénith : d’un côté, ça fait plaisir, mais de l’autre côté, ça fait se téléscoper deux mythologies qui ne reposent pas sur les mêmes fondations.

Mais l’occasion est trop belle, voici donc mes dix conseils à Kery James pour un featuring réussi avec Charles Aznavour :

1. Ne l’invite pas simplement pour un refrain. Ce morceau-là ne sera pas un single – Laurent Bouneau se fout d’Aznavour – donc oublie les formats.

2. Pas de gros son – dis à Tefa & Masta qu’ils ne font pas ‘La boulette’. Ce morceau, c’est avant tout la rencontre de deux voix pleines de souffrance et d’humanité. A la limite, même un titre acapella pourrait fonctionner.

3. Même si tu es une légende du rap français, tu te retrouves face à une légende tout court. Sa simple présence est déjà un événement, alors utilise-là judicieusement : je suis sûr que si tu lui accordes 8 mesures parlées sur l’intro, il te fera quelque chose de bien plus puissant qu’un triple refrain.

4. Je t’ai vu au concert, donc je sais que tu le sais déjà, mais n’oublie pas qu’Aznavour peut te hanter toute une vie avec une phrase de 5 mots. Côté texte : Keep it simple.

5. Ne faites pas un morceau sur la banlieue, il y en a déjà un sur son album et ‘Le ghetto français’ est de toute façon inégalable. Un seul mot : introspection.

6. Invite à nouveau Marie-Jeanne Serrero, l’arrangeur de cordes de ‘J’ai mal au coeur’. Je sais pas vraiment où t’en es par rapport à la question des instruments à cordes dans ta musique, mais je t’assure que pour l’occasion, ça vaudrait le coup de faire une entorse à cette règle.

7. Retrouve le numéro de DJ Mehdi. Il pourrait apporter quelque chose de très émouvant, très mélodique mais brute. En plus, il n’en fait jamais trop, il sait s’effacer derrière la musique quand c’est nécessaire (ex : ‘On s’habitue’ de Rocé). Fais-lui confiance.

8. S’il décline, je suis à ton entière disposition.

9. Je sais que, par le passé, tu as écrit des choses que tu regrettes aujourd’hui. Alors va chercher au fond de toi-même ce texte que tu pourras assumer dans 10, 20, 50 ou 80 ans. Ce morceau-là, tu ne le fais pas pour le rap, tu le fais pour l’Histoire.

10. Pour les fans, insère un très léger clin d’oeil à une chanson d’Aznavour. Pourquoi pas “Les deux pigeons” ? En plus ça fera le lien avec “Evitez”. Et il y a une rime magnifique à faire avec “le bonheur qui nous était du sur le chemin du temps perdu“.

En plus ça ferait un beau titre : Kery James ft. Charles Aznavour – ‘Sur le chemin du temps perdu’.

Pas mal non ?

Allez, à toi de jouer. Je compte sur toi.

Myspace Sunday vol. 7

‘What goes around’, le son de ce dimanche sur ma page Myspace.

Restez à l’écoute, un nouveau morceau avec Wilow Amsgood risque d’arriver dans la semaine.

L’album à ne pas faire

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En juin dernier, quand j’ai discuté au téléphone avec l’un des responsables des éditions Raoul Breton, l’une de ses premières réactions après avoir écouté nos maquettes était : “Mais… Vous avez rejoué les samples ? Parce que là, je reconnais pas les morceaux originaux.” Moi, à l’autre bout du fil, j’étais partagé entre l’envie de m’excuser platement (“promis, on le refera plus, pardon, le rap c’est mal“), l’angoisse de voir nos espoirs guillotinés sur le champ et – tout de même – la fierté de me dire que j’avais retourné les samples d’Aznavour à un point où même ses éditeurs ne pouvaient les détecter à l’écoute. Mon argument avait alors été quelque chose comme : “Certes, et je comprend tout à fait votre point de vue qui est tout à fait justifié [NDR : le trac me fait dire des phrases trop longues] mais pour nous, en tant que rappeurs qui aimons le rap et les musiques technologiques, le meilleur hommage possible à faire était d’aller au delà d’une simple mise en boucle traditionelle de quatre mesures à l’image d’une oeuvre comme ‘What’s the difference’ de Dr. Dre“. J’avais ensuite bredouillé que j’avais un respect immense pour Dr. Dre, et après avoir raccroché, mon nez s’était fissuré.

Tout ça pour dire : on m’a prêté récemment une vieille compil’ sortie par Def Jam à la fin des années 90. Ca s’appellait “The Rapsody Overture (Hip-Hop meets classic)”. Je crois que ça avait bien marché à l’époque et je reste convaincu que le morceau “Paparazzi” d’XZibit avait du soit l’inspirer, soit lui donner suite. J’ai donc écouté “The Rapsody” en voiture ces jours derniers, et je n’ai pas pu m’empêcher de me dire que ce disque constituait l’exemple type de l’album-concept foireux. Sur la plupart des morceaux, il n’y a aucun dialogue entre les deux genres : le single de Warren G. est une ressuscée d’un morceau de son deuxième album – renommé pour l’occasion “Prince Igor” – où le demi-frère de Dr. Dre se contente de prononcer les expressions-type du G-Funk sur fond de flûte traversière. Complétement improbable.

Note annexe : il est tout à fait possible de faire un morceau de rap californien ultra-violent avec une flûte traversière, la preuve (allez, j’ose : meilleure boucle de tous les temps).

Côté sampling-interpolation, on aurait pu espérer des passages un peu nerveux, avec des montées en puissance, des crescendos, des ruptures un peu dramatiques, des gros cuivres qui donnent le vertige. Mais non : juste des boucles trop longues et des productions sur-mélodiques. Il y a un morceau d’un certain Jay (non, un autre) qui rappe comme une brute sur le prélude de Bach (ou de Maurane), complétement désinteressé par un instrumental qui l’ignore également. Je ne sais pas si cet album a converti des auditeurs de rap à la musique classique, mais je doute fortement que des auditeurs de classique se soient mis au rap après avoir entendu la reprise de ‘Vissi d’Arte’ par Onyx.

Note annexe (bis) : il est tout à fait possible de sampler un air de classique hyper-évident et d’en faire une tuerie atomique, la preuve :

[audio http://ktharsis.free.fr/blog/redman_-_smashsumthin.mp3]

Il y a juste un morceau pour lequel j’ai un faible, c’est celui de LL Cool J, juste parce que, allez savoir pourquoi, un rappeur pour dames qui dit “Dear Malika” au milieu d’un air d’opéra, ça me parle. Il aurait dit “Dear Samantha“, ça m’aurait laissé complétement indifférent, mais “Dear Malika“, j’aime.

[audio http://ktharsis.free.fr/blog/llcoolj-dearmallika.mp3]

Bref, je suis donc arrivé à la conclusion qu’on avait bien raison de ne pas chercher à coller au morceaux originaux d’Aznavour pour notre album : personne – et moi le premier – n’a envie d’entendre un rappeur souiller une chanson de légende, même pour lui rendre hommage. Et si des gens nous reprochent de le faire, je sais qu’ils le feront juste par principe, car franchement, le type qui viendra griller le sample de ‘La Bohème’ sur l’album sans connaître le concept, il aura une oreille de lynx.

Myspace Sunday vol. 6

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Sérieusement, que serait ce blog sans ces bons vieux Myspace Sundays ?

Un blog vide, exactement.

Nouveau son : “Dark breeze”, en écoute sur ma page myspace.

Petit point sur l’album : étant actuellement en pleine mutation de style, j’envisage le plus sérieusement du monde de recomposer tous les instrumentaux de l’album sur du nouveau matériel, pour avoir une qualité sonore optimale à la sortie. Bon, ça va très vite se transformer en douze travaux d’Hercule, mais vu qu’on a déjà complétement explosé tous les délais qu’on s’était fixé, je suis plus à une remise en question près. (Note pour moi-même : penser à mettre un jour notre biographie sur Myspace. Et enlever la phase sur Fred Chichin.)

J’en profite pour faire un petit clin d’oeil à l’ami Bachir qui a lancé cette semaine un blog qui s’annonce vraiment mortel : J’fais tourner la K7. Bachir met à disposition des internautes toute une série de freestyles et extraits d’émissions radio piochés dans son immense collection de cassettes audio. Le freestyle de Fabe, Koma, Mourad, Ekoué et Casey défonce. Vivement la suite !