Archive pour décembre 2007

2007 : bilan et perspectives

the-gift-and-the-curse.jpg

:) Je peux raisonnablement dire que je suis un meilleur producteur qu’il y a un an.
:( Ma discographie ressemble toujours à un désert aride.

-

:( Sampler du Aznavour pour un premier long-format, sans expérience, quelque part, c’était un peu suicidaire nan ?
:) Si un autre l’avait fait à notre place, je l’aurais maudit.

-

:( L’album n’est pas sorti en 2007.
:) “Detox” non plus.

-

:( Wow, ça fait quand même deux ans qu’on est sur cet album, t’es sûr que le jeu en vaut la chandelle ?
:) Si tu abandonnes maintenant, connard, tu t’en voudras toute ta vie.

-

:( Commercialement parlant, sortir un album bourré de samples d’Aznavour en 2007 n’est pas l’angle le plus pertinent pour être disque d’or.
:) Commercialement parlant, sortir un album en 2007 n’est pas l’angle le plus pertinent pour être disque d’or.

-

:) Franchement, ça reste entre nous, mais ‘Comme dans un coin du Bronx’ est un putain de morceau.
:( Jusqu’à maintenant, le problème, c’est que ça reste entre nous.

-

:( Les filles ne comprennent pas que je sois fan d’Aznavour. Et je dois toujours préciser que “faire des instrus“, c’est “faire la musique derrière dans les morceaux de rap“.
:) Note pour moi-même : pour le prochain album, arrêter le rap, passer à l’électro.

-

:) On a un accord de principe des éditions Raoul Breton pour sortir l’album.
:) Bien, mais à nous de leur faire garder confiance en notre projet.

-

:( ‘tain, on a quand même réenregistré la moitié des titres de l’album.
:) Au moins, quand ça sortira, on pourra les assumer jusqu’à notre dernier souffle.

-

:( Les gens dorment toujours sur Dreyf.
:) Dreyf. Mixtape. 2008. Violence.

-

Bonnes fêtes de fin d’année à tous, on se retrouve de l’autre côté, en 2008. See you in another life brotha !

[audio http://ktharsis.free.fr/blog/Charles_Aznavour_-_Le_palais_de_nos_chimeres.mp3]

Myspace Sunday vol. 3

tony-yayo.jpg

Pendant qu’Elliott Wilson poste un message par heure pendant une journée sur XXLmag.com (lisez-les, ça défonce), je fais encore plus fou : poster un message par semaine sur Aznavour, Dreyf et moi. Vous m’en voudrez pas, mais j’ai eu un peu de mal à trouver le temps d’écrire cette semaine. En plus, conformément à mes bonnes résolutions 2008, je ne parlerai plus que de notre album, donc je vais garder mes éloges de la chanson française pour d’autres.

Tiens, j’ai un truc à vous raconter : cette nuit, j’ai rêvé qu’un beatmaker du nom de Kamasoundtrakks (croisement entre les français de Kamasoundtracks et le Sountrakks qui bosse avec Lupe Fiasco, sans doute, à moins que le nom ait une origine plus profonde) m’avait volé la prod’ “Tant de silences” et qu’elle s’était retrouvée sur “Mood Muzik 3″ de Joe Budden. Je me suis réveillé au milieu de la nuit en me disant que ça allait me faire un sujet de post mortel pour ce blog. Trois secondes plus tard, quand j’ai retrouvé mes esprits, j’étais dégouté. Un peu comme quand je rêve que je trouve de l’argent par terre. Enfin bref.

Nouveau son cette semaine : “Stay focus”. Pour cette prod, j’avais vraiment envie de faire mon “Live by the gun”, morceau de Tony Yayo dont je suis dingue. Le but : faire tenir une prod’ avec un minimum d’arrangements. C’était un peu mon tutorial Aftermath. Bon, ne mettez pas les deux sons côte à côte, y a comme une légère différence, mais au moins j’ai essayé. C’est dommage, j’ai des sons vraiment pas mals en stock, mais ils sont actuellement entrain de passer la “Dreyf’s Mixtape Beat Draft”, donc vous allez vous taper des fonds de tiroir pendant quelques semaines !

J’vous reparle de cette mixtape très prochainement.

Myspace Sunday vol. 2

rockstar.jpg

Deux nouveaux sons pour ce dimanche : ‘Rockstar’ et ‘Tant de silences’.

Pour l’anecdote, j’étais fou de joie (voir photo ci-dessus) à l’idée de faire écouter ‘Rockstar’ à un ami rappeur que j’aime bien, et il l’a poliment repoussé de la main. J’suis sûr qu’il y a moyen de faire un morceau mortel sur une prod’ comme ça, mais il faudrait un mec capable de rapper hyper-nerveusement sur 12 mesures avant de devenir une brute épaisse pendant 4 mesures. Des idées ?

Toujours pour l’anecdote, ‘Tant de silences’ sample une composition de Georges Garvarentz, l’homme qui a signé les plus belles mélodies d’Aznavour.

Ca se passe encore ici.

La perte des frissons

oreille.jpg

Hier soir, je discutais dans un bar avec un mec qui fait de l’électro. Son nom est nÄo. Il me racontait que quand il était adolescent, certains soirs, il mettait son walkman sur les oreilles et se forçait à écouter et réécouter une K7 de Nirvana en se concentrant tout au long du disque sur un seul instrument : la basse, puis la batterie, etc. A l’époque il devait avoir 15 ans et je me suis dit que cette obsession avait du lui permettre d’acquérir très tôt une excellente oreille et, paradoxalement, une très bonne vision de la musique.

De mon côté, c’est plutôt le processus inverse qui m’est arrivé : plus jeune, j’écoutais la musique sans chercher à la comprendre, et ça fait relativement peu de temps que je prend conscience de ce qu’il s’y passe. Ca me permet notamment de porter un regard complétement différent sur des disques que j’ai découvert à une époque où mon oreille manquait d’entraînement.

De là, nÄo m’a dit quelque chose de très juste : “quand on fait de la musique, on gagne une oreille mais on en perd une autre.” C’est une jolie formule pour dire qu’avec l’expérience et la pratique, on finit par avoir une écoute très précise de la musique, et là où l’on va apprécier la qualité d’un mix, d’un arrangement, d’un timbre de voix, on va perdre cette espèce de naïveté auditive qui, plus jeune, pouvait nous transporter à des années lumières au dessus de notre chambre. Et quand on fait de la musique à base de samples, c’est quelque chose d’encore plus flagrant : la limite entre la création et le plaisir de l’écoute devent floue, puisque tout ce qu’on peut écouter devient un matériau sonore potentiellement exploitable.

De là, j’ai pu lui dire un truc que je ressentais depuis pas mal de temps sans jamais vraiment m’en rendre compte : je n’ai presque plus de frissons en écoutant de la musique. Ces 2/3 dernières années, je croyais que j’étais devenu un sale con aigri au coeur de pierre, alors qu’en fait c’est peut-être simplement qu’à force d’essayer de créer quelque chose, on se condamne à sortir du monde confortable de l’auditeur lambda. Et là où j’adore faire mes sons et décortiquer des albums et découvrir de nouveaux morceaux, je regrette un peu l’époque où le début de ‘Petit frère’ me donnait la chair de poule. Et puisque ce post a une portée psychanalytique très forte, je réalise que c’est aussi pour cette raison que j’aime autant la chanson française, car il y a cette distance naturelle entre la musique et moi. Je ne pourrai jamais faire ce que fait Pierre Lapointe, alors je peux l’écouter avec mes yeux d’enfants.

Cutter ou ne pas cutter ?

dj.jpg

J’ai d’ores et déjà deux bonnes résolutions pour 2008 :

1. Parler davantage de l’album sur ce blog.
2. Sortir l’album.

Et j’ai décidé de m’y mettre dès aujourd’hui. Il y a actuellement un truc sur lequel je réfléchis beaucoup et qui pose problème sur un ou deux morceaux en cours de réalisation : l’utilité (ou non) de placer des cuts sur une prod’. Pour les non-initiés (et d’après la définition du Petit Catharsis Illustré), les “cuts” sont ces petits arrangements rythmiques qui font respirer les morceaux de rap. Une caisse claire qui disparaît par ici, le sample qui prend une pause par là. Souvent, faire un cut permet de mettre en valeur une phase du rappeur. Par exemple, dans ‘Mars contre-attaque”, quand Akhenaton dit “Pour le bonheur des appareils photo des japonais, celà tient entre nous, J’EN AI STRICTEMENT RIEN A CARRER !!!“, il y a un gros cut sur le passage en majuscule, et quand on écoute le morceau, on est presque obligé d’hurler avec lui.*

Avec Dreyf, on bosse en ce moment sur un morceau dont on sait du plus profond de nous-mêmes que c’est une tuerie atomique, mais on le dit jamais en public parce que les gens risqueraient d’être déçus après coup. Mais c’est une tuerie atomique. C’est le morceau-fleuve qu’on a enregistré fin octobre et dont j’ai parlé ici. C’est marrant, mais quand Dreyf m’avait fait lire le texte, puis l’avait rappé devant moi, j’avais kiffé sans pour autant tomber de ma chaise. Mais là, à force de l’écouter et de le rapper en faisant la vaisselle, je le trouve d’une violence inouïe.

Mais par rapport à ce morceau, on a un gros dilemne. D’un côté : la tentation de miser sur une prod complétement brute, sans arrangements, pour laisser le texte et l’interprétation porter le morceau. De l’autre : enchaîner les cuts pour briser la routine. Et à ce jour, après un premier mixage, mon avis sur la question n’est pas encore tranché. D’un côté : je me dis que les cuts qu’on a trouvé avec notre ingénieur du son ont vraiment de la gueule. De l’autre : il n’y a pas de cuts dans ‘Demain c’est loin’ (en tout cas pas dans mon souvenir), et c’est peut-être le morceau le plus fort de l’histoire du rap français. Avec ‘Mars contre-attaque’.

[audio http://ktharsis.free.fr/blog/IAM_-_Mars_contre_attaque.mp3]

A suivre… En tout cas, vous aurez bien entendu la réponse à tous ces questionnements existentiels en temps-voulu entre vos oreilles.

* Je crois que c’est mon couplet préféré de tous les temps d’Akhenaton. Sauf les jours de grand beau temps.