Se sentir vieux avec Soulja Boy

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Depuis peu, Myspace France fait la promo de Soulja Boy. C’est toujours assez amusant de compter les jours entre l’explosion d’un phénomène rap aux Etats-Unis et son arrivée en France, car ça fait déjà plusieurs mois que le jeune rappeur d’Atlanta (17 ans) a cartonné en tête des charts et des ventes de ringtones avec son single “Crank Dat”. Le morceau et la danse qui l’accompagne ont connu grâce à Internet plusieurs incarnations, tantôt en adaptations semi-absurdes ou en détournements vidéo, et son arrivée tardive sur le territoire français a un côté “pétard mouillé” qui ne rend pas vraiment justice au phénomène, qui a su utiliser Myspace mieux que personne pour creuser son buzz.

Hier, j’ai donc été la 24 931 851ème personne à aller sur la page Myspace de Soulja Boy. Ca m’a un peu foutu le cafard, et pas seulement parce que ce gosse a tellement de friends qu’il n’a même plus besoin d’afficher combien ils sont au dessus de son Top 8, pendant que je peine à avoir 1200 personnes capables de venir faire leur pub dans mes commentaires. Pour la petite histoire, Soulja Boy est aujourd’hui signé chez Interscope par le biais de Mr Collipark, producteur-star d’Atlanta à qui on doit notamment les gros tubes du mouvement éphémère de l’intimate club music (j’adore cette expression) : “Wait” (Ying Yang Twins), “Play” (David Banner) et “Ms. New Booty” (Bubba Sparxxx).

En observant son profil, je me suis demandé comment un lycéen de 16 ans avait pu réussir à réaliser un hold-up pareil. Pensez : Soulja Boy est ce mois-ci en couverture de The Source avec son mentor et Hurricane Chris ! Bon, le fait qu’il soit maintenant signé chez Jimmy Iovine a du considérablement changé la donne au niveau promotion et marketing (les lunettes de soleil Soulja Boy sont en vente), mais je refuse de croire que le phénomène Soulja Boy ait été gonflé artificiellement par une maison de disque en mal de connexion avec le public adolescent.

“Crank Dat” est purement un morceau générationnel – réalisé avec Fruity Loops, promotionné sur Myspace, écouté en sonnerie de portable – dont le succès à lui seul mérite une mention dans les manuels d’histoire du rap. Et ce qui me désespère dans tout ça, c’est que face à un Soulja Boy, je suis complétement désarmé. Tout dans sa musique, sa danse et son attitude semble dire aux nouveaux vieux du rap (lire : les personnes nées avant 1989) : “fermez donc vos gueules, c’est pas votre époque“. Alors oui, peut-être que Soulja Boy ne sera qu’un succès éphémère comme à peu près tous les ringtone rappers des mois passés (MIMS, Jibbz, etc.), mais malgré tout, voilà un type dont la spontanéité et la fraîcheur ont pris de tout le monde de court, et qui aura été capable, au moins pendant quelques mois, d’aller plus vite que le rap. Quelque part, c’est un véritable exploit.

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