Thursday November 29th 2007, 7:43 pm
Catégorie : Musique
Depuis peu, Myspace France fait la promo de Soulja Boy. C’est toujours assez amusant de compter les jours entre l’explosion d’un phénomène rap aux Etats-Unis et son arrivée en France, car ça fait déjà plusieurs mois que le jeune rappeur d’Atlanta (17 ans) a cartonné en tête des charts et des ventes de ringtones avec son single “Crank Dat”. Le morceau et la danse qui l’accompagne ont connu grâce à Internet plusieurs incarnations, tantôt en adaptations semi-absurdes ou en détournements vidéo, et son arrivée tardive sur le territoire français a un côté “pétard mouillé” qui ne rend pas vraiment justice au phénomène, qui a su utiliser Myspace mieux que personne pour creuser son buzz.
Hier, j’ai donc été la 24 931 851ème personne à aller sur la page Myspace de Soulja Boy. Ca m’a un peu foutu le cafard, et pas seulement parce que ce gosse a tellement de friends qu’il n’a même plus besoin d’afficher combien ils sont au dessus de son Top 8, pendant que je peine à avoir 1200 personnes capables de venir faire leur pub dans mes commentaires. Pour la petite histoire, Soulja Boy est aujourd’hui signé chez Interscope par le biais de Mr Collipark, producteur-star d’Atlanta à qui on doit notamment les gros tubes du mouvement éphémère de l’intimate club music (j’adore cette expression) : “Wait” (Ying Yang Twins), “Play” (David Banner) et “Ms. New Booty” (Bubba Sparxxx).
En observant son profil, je me suis demandé comment un lycéen de 16 ans avait pu réussir à réaliser un hold-up pareil. Pensez : Soulja Boy est ce mois-ci en couverture de The Source avec son mentor et Hurricane Chris ! Bon, le fait qu’il soit maintenant signé chez Jimmy Iovine a du considérablement changé la donne au niveau promotion et marketing (les lunettes de soleil Soulja Boy sont en vente), mais je refuse de croire que le phénomène Soulja Boy ait été gonflé artificiellement par une maison de disque en mal de connexion avec le public adolescent.
“Crank Dat” est purement un morceau générationnel – réalisé avec Fruity Loops, promotionné sur Myspace, écouté en sonnerie de portable – dont le succès à lui seul mérite une mention dans les manuels d’histoire du rap. Et ce qui me désespère dans tout ça, c’est que face à un Soulja Boy, je suis complétement désarmé. Tout dans sa musique, sa danse et son attitude semble dire aux nouveaux vieux du rap (lire : les personnes nées avant 1989) : “fermez donc vos gueules, c’est pas votre époque“. Alors oui, peut-être que Soulja Boy ne sera qu’un succès éphémère comme à peu près tous les ringtone rappers des mois passés (MIMS, Jibbz, etc.), mais malgré tout, voilà un type dont la spontanéité et la fraîcheur ont pris de tout le monde de court, et qui aura été capable, au moins pendant quelques mois, d’aller plus vite que le rap. Quelque part, c’est un véritable exploit.
C’est le titre de l’interview que j’ai faite avec un tout jeune webzine de Myspace qui s’appelle eqlektzyq (véridik). L’approche était plutôt marrante puisque le rédacteur du site a décidé de questionner tous les artistes qui s’appellent Catharsis, K-Tharsis, Qatarsis, KhaTard’6, etc. J’imagine qu’il s’agit là d’une première étape avant le Catharsis Showdown, grand combat au sabre qui permettra de déterminer un jour qui sera le dernier Catharsis. Il ne peut en rester qu’un.
Sunday November 18th 2007, 9:08 pm
Catégorie : Cinéma
J’ai honte. Moi qui pensait sincèrement que la sortie d’un quatrième Indiana Jones représentait l’événément le plus important pour l’humanité en ce début de millénaire, je dois me rendre à l’évidence : un autre film est entrain de me rendre fou d’impatience, encore plus que les aventures de Junior et le Royaume du Crâne de Cristal.
Vous en avez sûrement entendu parler : ça s’appelle “Cloverfield”, c’est produit par J.J. Abrams (Monsieur LOST), et la première bande-annonce du film, diffusée cet été, a eu l’effet d’un raz-de-marée. Je pourrais vous la raconter si vous n’avez pas eu la chance de la voir, mais je préfère plutôt vous conseiller d’éteindre les lumières, de monter le son et de vous rendre à cette adresse (et de regarder les trois saisons de LOST). Cette bande-annonce a été le détonateur d’un passionnant jeu de piste sur la Toile (Alternate Reality Game, ça s’appelle) qui s’était beaucoup essouflé ces derniers temps, mais un deuxième trailer du film vient d’être diffusé aux Etats-Unis à l’occasion de la sortie de “Beowulf”. Un type l’a filmé à l’arrache dans une salle de cinéma, l’image est crade… Mais ça reste MORTELLEMENT EFFICACE (j’utilise peu les majuscules, mais pour la peine ça vaut le coup).
Pour la petite histoire, un stagiaire de chez Paramount France vient d’avoir l’idée de génie de recopier trait pour trait les ingrédients qui faisaient tout le mystère du film pour le public français – bannières pub à l’appui – et évidemment, c’est ridicule. J’espère qu’il sera licencié.
Friday November 16th 2007, 5:19 pm
Catégorie : Musique
Ca fait déjà pas mal d’années que les gros singles du Rn’B partent dans des directions vraiment mortelles. J’imagine que Timbaland a joué un rôle important dans tout ça grâce à son travail avec Ginuwine et Aalyiah. Beaucoup d’artistes d’aujourd’hui, quand ils ne bossent pas directement avec lui, continuent sur cette lancée. C’est donc d’autant plus désespérant de voir des journalistes en mal d’accroche présenter le Rn’B actuel comme le parent pauvre de la black music quand on constate l’audace de certains morceaux.
A ce sujet, je viens de découvrir le premier extrait du nouvel album d’Usher, “Dat girl right there”, et en l’écoutant une fois je ne savais pas encore si je l’aimais ou le détestais. Pour éviter que ce morceau ait sur moi l’effet “Sexyback” – découverte distraite, choc, rejet, indifférence, grosse gifle – je l’ai réécouté plusieurs fois aujourd’hui. C’est officiel : j’en suis fan. En plus, je trouve vraiment appréciable que des artistes installés au sommet de la chaîne alimentaire de la pop-music se paient le luxe de l’expérimentation tordue à une époque où il n’y a presque plus de place pour l’échec. Jennifer Lopez, par exemple, aurait d’ores et déjà fait les frais du flop de son dernier album (Irv Gotti en parle très bien dans cette interview).
Le morceau rappelle beaucoup “Wonder Woman” de Trey Songz, que je considère comme le titre le plus violent que j’ai entendu cette année. Et je pèse mes mots. C’était une production Danjahandz, et en écoutant le morceau d’Usher, j’arrive pas à savoir si Danja en est l’auteur ou si son style a suffisament impregné l’inconscient collectif pour inspirer d’autres producteurs. Mais il y a en tout cas deux détails vraiment intéressants dans ce morceau. En premier lieu, le couplet de Ludacris : les effets sur sa voix le sortent presque du statut d’invité-humain pour devenir un arrangement musical comme un autre, ce qui colle parfaitement au délire électroïde du morceau. Luda, à force d’être le Monsieur Featuring du rap/Rn’B, aurait ainsi fini par devenir un élément qu’on intègre mécaniquement à des tubes (il participait déjà à “Yeah”, énorme hit d’Usher en 2004).
Dans un registre similaire, j’aime beaucoup ce minuscule pont vers la fin, quand des instruments traditionnels tentent désespérement de se trouver une place au milieu des crissements de l’instru. Puisque je suis dans ma semaine où je compare tout au cinéma de science-fiction des années 80, ça me fait penser à la fin de “La Mouche”, quand Jeff Goldblum dit à Geena Davis qu’il est “une mouche qui a rêvé qu’elle était un homme” (réfléchissez bien à cette réplique, elle est déchirante). Ce single d’Usher, c’est un peu la même chose : une sirène alarme qui a cru pouvoir devenir un violon. Très fort.
Parmi les conversations houleuses et les controverses permanentes qui entourent la musique et la carrière de Booba, il est intéressant d’observer comment le MC consent à se laisser happer par des stéréotypes qu’il cultive sciemment. D’un revers de main, il balaye la moindre responsabilité envers les plus jeunes auditeurs. En terme d’image, il se plaît à enquiller méthodiquement tous les poncifs du rap à testostérone. Sur le plan de l’interprètation, il baigne dans l’arrogance et la provocation. Du coup, quand on le voit se marrer après un concert, on s’étonnerait presque de ne pas voir des couteaux de boucher dans son dos quand il se retourne. Ainsi, si Booba devait vraiment être comparé à 50 Cent, ce serait d’abord pour sa capacité à laisser pousser sur sa peau une carapace de clichés qui fascine autant qu’elle rebute, tout en masquant soignement l’essentiel de son immense talent.
En solo, Booba a sorti trois albums : “Temps mort” en 2002, “Panthéon” en 2004, et “Ouest Side” en 2006. S’il n’y a pas vraiment de consensus autour d’un éventuel “meilleur album de Booba”, et si chaque nouvelle sortie apporte son lot d’éternels déçus, j’ai quand même l’impression que “Panthéon” fait figure de maillon faible dans l’inconscient collectif. Il faut dire que “Ouest Side” s’apparente comme une version 2.0 de “Panthéon” : le MC y asseoit une bonne fois pour toutes sa supériorité sur le reste du rap français grâce à une maîtrise hyper-professionnelle de son projet. Les prises de pouvoir cotoyent les prises de risque, et les singles sortent suffisament du lot pour décrocher leur place en playlist tout en restant fermement scellés au reste de l’album.
Là où j’ai acheté “Ouest Side” le jour de sa sortie, j’ai gardé “Panthéon” à distance pendant deux ans avant de l’écouter. Pas envie. Et puis j’ai fini par l’acheter, car quelque chose m’avait fasciné dans mes rares écoutes. J’ai fini par réussir à mettre le doigt dessus : il s’agit des quatre productions signées par Kore & Skalp, ex-rois du monde des musiques de jeunes en France qui, à cette époque, entamaient leur course à l’omniprésence. On dit souvent que les productions des albums de Booba sonnent “cainris”. Pourtant, en écoutant “Panthéon”, il est presque impossible de citer l’influence directe d’un producteur ou d’un courant US – même dans “Ouest Side”, seul “Boulbi” peut vraiment être rattaché à un producteur (et encore, on ne saurait dire s’il s’agit de Lil’ Jon ou Scott Storch). Sur les quatre titres produits par le duo (”Le mal par le mal”, “Commis d’office”, “La faucheuse” et “Bâtiment C”), on a l’impression que les deux producteurs ont pris toutes les idées qui leur passaient par la tête et les ont jeté violemment contre un mur en regardant celles qui collaient le mieux. Le résultat est remarquable : un amoncellement de bruits et d’ambiances presque contradictoires, avec des relents d’apocalypse, de haine et de tristesse. On pourrait décrire l’écriture de Booba avec à peu près les mêmes mots, et c’est la raison pour laquelle ces morceaux fonctionnent à mort.
On sait désormais que Booba peut dérouler sur n’importe quel format d’instrus, et c’est d’ailleurs ce qu’il fait avec brio dans “Ouest Side”, mais c’est dans son rôle de terreur nihiliste qu’il donne vraiment le meilleur de lui-même. Dans “Bâtiment C”, il faut l’entendre dire “Pour m’arrêter, faudra m’enlever la vie” au milieu des orgues d’église, des gifles rythmiques, des choeurs, des caisses claires foutraques, du synthé pleureur, du “yeah” répété inlassablement en fond sonore. Dans ces moments de violence pure, il faut aller le chercher tout au fond de sa carapace en franchissant des litanies d’obstacles sonores (y compris les bip de censure, qui auraient presque valeur esthétique pour le coup). On le trouve alors au sommet, là où les images que son rap évoque frappent par leur force et leur puissance. Celle qui me vient souvent à l’esprit dans “Bâtiment C”, c’est la scène d’ouverture de “Terminator”. Et je ne sais toujours pas si Booba est du côté des hommes ou des machines.
Thursday November 08th 2007, 7:02 pm
Catégorie : Musique
Bouffer sa chaise [expression idiomatique] : traverser une période difficile, dans la foulée d’une rupture amoureuse, de préférence.
Cali devient mon idole à une vitesse foudroyante. Je sors d’une période où, chaque jour, inlassablement, j’ai réécouté “L’amour parfait”, son premier album. 13 titres dans lesquels il décline les espoirs, les rancoeurs et les petites humiliations de l’amour avec un sens de la formule ravageur.
Ecouter Cali, c’est se retrouver nez à nez avec un mec qui, de toute évidence, a bouffé sa chaise plus d’une fois. Il y a dans sa voix des bouts de crise de nerfs larvée qui réussissent à arracher des sourires même dans la plus pathétique des situations (à propos du nouveau mec de sa copine : “j’imagine ses gros doigts qui défilent sur toi comme une armé de soldats qui tendraient le bras droit“). Comme d’autres (suivez mon regard), Cali passera sans doute sa carrière à creuser inlassablement les différentes thématiques de l’Amour, et “L’Amour parfait”, à ce niveau, est imparable : Cali séduit, Cali se fait lourder, Cali doute, Cali a 32 ans, Cali souffre (le premier qui me dit “Cali fornique” est banni de ce blog). Et sur chaque titre, il est toujours un peu tiraillé entre un idéalisme romantique et un cynisme blessé qui me plaît énormément.
L’un des mes titres préférés est peut-être celui qui, au premier abord, paraît le plus anecdotique : “Le Grand Jour”. Il y narre une séparation sur un petit air de piano guilleret, et cabotine sur le thème “Tu peux t’en aller, j’en ai vraiment rien à foutre“, alors qu’évidemment, une partie de lui-même est entrain de mourir. Le texte est tout simple, mais Cali surjoue parfaitement la fausse indifférence en misant sur le non-dit et l’euphémisme grossier : des cris de haine au bord de l’éclosion (”Et pense à dire à ta mère que je ne l’aime pas“), des tonnes d’air de rien (”Je regarde tes fesses qui m’échappent, et elles sont pas mal ma foi“) et des mots qui manquent déjà (”Alors ça y est, c’est le grand jour, la la la…“).
“Menteur”, son deuxième album, est un cran en dessous de “L’Amour parfait”, car on sent un début de redondance – et il se met à chanter le bonheur, ce qui a le don de m’énerver – mais il reste une série assez impressionnante de titres ahurissants, notamment le doublé “Je te souhaite à mon pire ennemi” / “Le Vrai Père” qui clôt l’album. Dans l’univers de la chanson française, Cali incarne donc de nombreuses facettes. Artistiquement, il n’est plus vraiment un amoureux transi et innocent (”Mourir d’amour n’est plus de mon âge“, dit-il, excellente phrase qui pourrait sonner comme une punchline adressée à Aznavour), mais il n’est pas non un extrèmiste de la décadence post-rupture. Je le vois plutôt comme un juke-box à sentiments : insérez votre histoire, il vous racontera la sienne. Vivement le troisième album.
Saturday November 03rd 2007, 12:56 pm
Catégorie : Musique
J’ai jamais eu l’occasion de dire combien j’aimais cette fille qui, assez bizarrement, me fait penser à Kelis. Je l’ai vu pour la première fois aux Victoires de la Musique 2006, où elle avait interprêté “T’es beau”, extrait de son premier album. Ca m’avait stoppé sur place. Son nouvel album sort le 12 novembre, et le premier extrait est plutôt sympa. Il y a de belles images dans le clip, qui a de lointaines similitudes avec celui de Tekilatex dans “Les matins de Paris”.
Bon, j’étais parti pour inclure le clip dans ce post, mais Myspace fait un caprice, donc voici juste le lien vers la vidéo :