Le destin pressé, un instant, prend la pause.
Parfois, il m’arrive un truc bizarre : quand j’aime quelqu’un ou quelque chose d’une manière inconditionnelle, il arrive toujours un moment où je m’arrête, prend du recul et me demande pourquoi. Croyez-moi, c’est le genre de question qui peut vous emmener très loin quand elle ne vous emmène pas nulle part.
Vendredi 26 octobre, vers 20h, alors que je venais de m’asseoir à la place 17 du rang S de la série 9 du Palais des Congrès à Paris, je me suis à nouveau posé cette question. La salle bruissait en attendait le début du concert de Charles Aznavour, j’arrivais un peu fracassé d’un voyage en train chaotique, et pendant que je scrutais les premiers rangs à la recherche de la silhouette d’Amel Bent, l’ange assis sur mon épaule gauche a commencé à me demander ce que je faisais là.
Pourquoi ? Pourquoi Aznavour ? Pourquoi maintenant ? Pourquoi faire ce disque ?
Dieu merci, le concert a commencé à temps. D’abord avec une première partie qui mérite un paragraphe d’éloges en bonne et due forme : Agnès Bihl. Une voix-off d’Aznavour l’a présenté aux 3700 personnes, et elle n’était pas de trop, car quand une petite blonde un peu gouailleuse s’avance devant un public qui attend impatiemment sa légende vivante, elle doit se sentir comme un moineau à proximité d’un réacteur de boeing. Mais soyons clair : Agnès Bihl déchire. Ses trois premiers titres – l’un sur l’adolescence, le second sur l’inceste, le troisième sur la rupture (yes !) - m’ont touché à un point que je n’imaginais pas. Du coup, je suis allé lui dire à la fin du concert, et elle m’a dédicacé son disque d’une formule qui m’a fait plaisir. Agnès Bihl déchire.
Un entracte de vingt minutes a ensuite fait la liaison entre la découverte de la jeune interprète et l’entrée en scène du monstre sacré. Le temps de boire un verre avec deux potes, de constater à quel point le merchandising Aznavour était rôdé (T-shirts, discographie complète, affiches), et de croiser Kery James, qu’enfin, le rideau s’ouvrait. Au centre, un piano. Au fond, une batterie et des percussions latines que je pourrais décrire dans le détail si j’avais un minimum de culture musicale. A droite, un ensemble de quatre cordes et un orgue. A gauche, deux choristes (dont Katia, fille d’Aznavour), deux guitaristes, un accordéoniste et un autre clavier.
J’étais un peu inquiet. Et si Aznavour me déçevait ? Après tout, j’avais lu des commentaires un peu tièdes sur ses récentes performances scéniques, et même si je savais que j’allais adorer le concert quoiqu’il arrive, ça m’aurait ennuyé de ne pas connaître le grand frisson pour mon premier concert du Grand Charles. Mais c’était sans compter sur l’expérience et l’énergie de l’artiste, qui a fait le concert académique et élégant que j’espèrais voir : un début en douceur avec des titres récents et/ou méconnus, une pluie de classiques (dont un “Peter Pan” accompagné au piano, et une jolie danse en solitaire avec une partenaire imaginaire sur des “Plaisirs démodés” éclairés à la boule à facettes) et un final ovationné et sans rappel.
Les bêtes de scènes ont un point commun : elles réussissent à faire oublier leur professionalisme. Charles Aznavour a du croiser par hasard cet amour perdu des milliers de fois au coeur de “Non, je n’ai rien oublié”. Il pourrait lancer le morceau avec une petite mine contrariée, en jetant un regard vaguement complice au public du genre “Je sais que vous l’attendez, celle-là“. Et bien non. Il a suffisament de recul sur sa propre aura pour savoir qu’il y a devant lui des gens qui ne se remettront jamais d’une telle chanson. Et il la chante avec le même bonheur un peu perdu et les mêmes espoirs nostalgiques que sur les enregistrements originaux, avec cette voix qui vient vous serrer le coeur quand elle frôle la note juste et le mot qui bouleverse.
Parmi toutes les chansons d’or interprêtées pendant le spectacle, “Non, je n’ai rien oublié” restera pour moi le sommet. Quand Charles Aznavour a entamé le dernier couplet, et que 3700 personnes regardaient avec bienveillance deux amoureux s’éloigner à travers les rues mortes, j’en avais fini de ces questions existentielles qui me taraudaient un peu plus tôt. La musique, les émotions et les souvenirs formaient quelque chose d’indéfinissable qu’on appelle parfois la “magie”, mais un magicien ne m’a jamais fait pleurer. A cet instant, je n’avais plus à me demander pourquoi j’étais là. Je ne pouvais être nulle part ailleurs.
30.10.2007
J’aime bien ce genre de déclaration…
Ca m’a rapellé ce blog
http://electro-b-girl.blogspot.com/2005/03/adieu-mon-amour-wedaat-hobbak.html
30.10.2007
Beau texte. Tu sais qui écrit sur ce blog ?
30.10.2007
C’est le blog que tenait ma soeur mais cela fait un bail qu’elle n’a rien ecrit…
30.10.2007
C’est bien beau à lire…
Et Jb, j’ai écouté un peu ce que fait Agnès Bihl, et en effet ça m’a l’air pas mal du tout… Je vais m’interesser serieusement à sa (petite) discographie…
02.11.2007
C’était drôlement bien et riche en émotions ce concert.
05.12.2007
j aime beaucoup charles aznavour et ses chansons d amour ils sont tres different par rapport a tous les chansons dans notre vie.les sens est tres important comme l amour nous offre une vie paradisique comme le disait bernanos*l’enfer c’est de ne plus aimer*.Dans la domaine de l’art,l’amour est source d’inspiration et de création.ok ok je n ‘aime pas le longe exression je ne suis pas HORAND ou VICTOR je suis moi…bye
05.12.2007
Être soi, c’est déjà pas mal !
29.01.2008
[...] Je t’ai vu au concert, donc je sais que tu le sais déjà, mais n’oublie pas qu’Aznavour peut te hanter toute [...]