Les morceaux parfaits (9/10)

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Il y a quelques temps, Pierre Delanöé est mort. La nouvelle a fait pas mal de bruit : Delanoë était parolier, il faisait partie des tôliers de la chanson française. Il avait travaillé, entre autres, avec Tino Rossi, France Gall, Nicoletta, Joe Dassin et j’en passe. Son parcours était assez atypique : homme de l’administration, il avait fini par rencontrer le succès avec ses chansons, avant de finir sa carrière dans le fauteuil confortable de président d’honneur de la SACEM. Et il avait une sainte horreur du rap. On m’a souvent parlé d’un débat radiophonique dans lequel il avait vomi sa haine du rap et des rappeurs, face à un Abd Al Malik tout de tempérance vêtu.

Dixit Wikipedia : “Pour moi c’est pas de la musique, c’est des vociférations, des éructations (…) J’admets que le rap soit une forme d’expression pour des gens primitifs qui ne sont pas capables de faire de la musique, qui ne savent pas ce qu’est la musique (…)“.

Sa mort ne m’a donc pas inspiré une profonde émotion… En même temps, j’ai depuis peu une certaine tendresse pour les gens qui détestent viscéralement le rap et avec qui on ne peut pas discuter. Avec eux, au moins, les choses sont claires, et on n’est pas obligé d’essayer vainement de les convaincre en leur faisant une compil’ de rap français qu’ils écouteront deux fois pour nous faire plaisir.

Celà dit, le jour de sa mort, pendant que les gens du rap dansaient en riant autour de son cadavre, j’ai ressenti comme une pointe de mélancolie. Delanoë, malgré tout, avait écrit “Nathalie” de Gilbert Bécaud. “Nathalie” est une chanson de mon enfance, j’y peux rien. Magie d’Internet : alors que je ne l’avais pas écouté depuis l’époque d’”Allo maman ici bébé”, j’ai remis la main dessus il y a peu, et elle m’enchante comme au premier jour. Bon, bien sûr, tout ça est un peu surrané, un peu vieille France, mais le romantisme de carte postale qui s’échappe de ce morceau provoque toujours en moi un flot de tendresse et un petit sourire niais.

Donc voilà : Pierre Delanoë était peut-être un vieux con, mais un jour, il a écrit une belle chanson, et j’ai la faiblesse de lui accorder son pass’ pour le paradis sur ce seul critère. Je suis vraiment plein de mansuétude. Et tant qu’aucun rappeur autre qu’Oxmo Puccino n’aura réussi à m’émouvoir en parlant d’amour, je n’en voudrai pas vraiment à Delanöé d’avoir proféré de primitives vociférations anti-rap.

Gilbert Bécaud – Nathalie

PS : je viens de découvrir un extrait audio de ce fameux débat sur France Inter. Faudrait que je soigne cette saloperie de mansuétude à l’occasion, quand même.