Les morceaux parfaits (7/10)

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C’est bien connu : au cinéma, les gens sont cons. Ils parlent pendant les bandes-annonces, mangent devant le film et partent pendant le générique de fin. Bon, j’avoue, j’ai du commettre plusieurs fois dans ma vie l’un de ces trois péchés, mais c’est surtout le dernier qui me tracasse. Souvent, pour inciter mes potes à rester assis pendant le générique, je leur dis, grosso modo : “écoutez les gars, y a des gens qui se sont crevés le cul pour faire ce film, alors vous pouvez bien leur accorder trois minutes de votre vie et regarder leur générique“.

Mais en fait, c’est pas vraiment ça qui me pousse à rester assis quand les lumières se rallument. La vraie raison, c’est qu’un générique de fin réussi peut complètement changer la perception qu’on a d’un film. Exemple : la première fois que j’ai vu “The Fountain”, j’ai été un peu désarçonné, mais le thème du générique – “Together we will live forever” de Clint Mansell – m’a cloué au fauteuil. J’ai revu le film récemment, et cette fois-ci, c’est officiel : j’en suis fou.

Et il y a aussi les situations où le réalisateur choisit un morceau parfait, qui va prolonger l’émotion de son film ou lui ouvrir de nouveaux horizons. Exemple : la fin de “Léon”. Mathilda va mettre en terre la plante dans le jardin de sa nouvelle école. Sur fond de guitare sèche, elle chuchote : “J’crois qu’on sera bien ici Léon“… La caméra s’éloigne, et là, boum : Sting – “The Shape of my heart”. Imparable.

Le morceau parfait du jour fait donc partie de ces titres qui, une fois qu’ils ont été associés à une image ou un film, deviennent éternels. Il s’agit de “Tôt ou tard s’en aller” de Francis Cabrel, générique de fin d’“Une époque formidable” de Gérard Jugnot.

L’autre jour, un pote a éclaté de rire quand j’ai cité coup sur coup Cabrel et Jugnot en parlant de “Tôt ou tard s’en aller”. Le pauvre, il ne savait pas qu’avec “Une époque formidable”, Jugnot a fait non seulement le film de sa vie, mais également une fable douce-amère d’une profonde justesse, qui parle d’amour, de honte de soi, d’exclusion, de solidarité et de retrouvailles. Je ne vais pas vous raconter le film, mais si vous ne l’avez jamais vu, pensez à lui donner sa chance le jour où TF1 le rediffusera un dimanche soir.

Est-ce que “Tôt ou tard s’en aller” a été écrit spécialement pour le film ? J’avoue avoir un doute. Si c’est le cas, Cabrel a réussi un coup de maître : évoquer un sujet sensible – l’exclusion – avec des mots suffisamment bien choisis pour éviter les bons sentiments des chansons humanitaires, tout en faisant exister sa chanson par elle-même une fois qu’elle est éloignée du film. Ca n’empêche que, pour longtemps encore, je verrai Richard Bohringer et Ticky Holgado marcher le long d’un autoroute en écoutant ce petit chef d’œuvre.

Francis Cabrel – Tôt ou tard s’en aller