Friday August 31st 2007, 2:22 pm
Catégorie : Musique
La pancarte “Je suis anticonformiste” n’apparaît malheureusement pas à l’image.
Sage Francis m’énerve. Je l’aime beaucoup, mais il me donne trop souvent l’impression d’être l’un de ces rappeurs qui a aimé le rap à une époque donnée pour une raison spécifique, et qui dix ans après s’étrangle de rage en constatant que la musique qu’il avait idéalisé petit n’est en fait qu’un vaste bordel foutraque et complexe. Alors, pour se venger, il sort ses albums au rayon rock alternatif. Malgré toute ma bonne volonté, je n’ai pas réussi à aimer ses deux derniers albums, “A Healthy Distrust” et “Human The Death Dance”. A chaque fois, j’avais l’impression de me retrouver face à un vieil acariâtre qui se sent obligé de rapper avec un rictus aux lèvres pour prouver à la Terre entière que oui, il est véritablement possédé par le démon de l’écriture et que non, il n’est pas dupe face aux injustices du monde et aux dérives du rap. Et en plus de ça, il déteste Jay-Z (ce qui aurait pu très bien servir d’argument unique à ce premier paragraphe).
Mais en vérité, il y a une vraie raison à mon agaçement : ça fait maintenant cinq ans que j’attend que Sage Francis effleure de nouveau la magie de ‘Runaways’, le dernier titre de “Personal Journals”, son premier album “officiel”, que j’aime d’un amour fou et inconditionnel. Quand l’album était sorti en 2002, j’avais déjà essayé de donner une chance à la clique Anticon – le collectif de rappeurs blancs qu’il fallait à tout prix aimer sur Internet à l’époque où les nerds souffraient encore d’un complexe d’infériorité – mais le peu que j’avais entendu (cLOUDDEAD, Alias) m’avait épuisé. Sage Francis, en revanche, a conçu un album d’une fluidité extraordinaire, mélodique, mélancolique et touchant quand il aurait pu être opaque, larmoyant et narcissique.
Ca doit être dur pour un rappeur de continuer à écrire après avoir fait un titre de la trempe de ‘Runaways’. Que reste-t-il à raconter quand on a fait le morceau qui pourrait accompagner notre dépouille funéraire ? D’ailleurs, je suis sûr que Sage Francis lui-même ne s’est jamais remis de ce titre : son dernier album s’ouvre sur les mêmes cris d’enfants dans une cour de l’école que ceux qui ferment ‘Runaways’. Mais l’émotion se dissipe vite. Une vraie fausse joie comme savent le faire les rappeurs – un peu comme quand Oxmo décide de faire du meilleur titre de “L’Amour est mort” une outro cachée d’une minute.
J’aimerais bien décortiquer pour vous ‘Runaways’, mais je me rend compte qu’un titre de cet accabit ne transite pas par mon intellect, il me va directement droit au coeur. On y entend le temps qui passe et toutes ces petites choses qui nous échappent à jamais en grandissant. Bref, le genre de titre que je devrais éviter d’écouter à J-1 avant mes 26 ans.
Sage Francis – Runaways (2002)
Et c’est ainsi que se termine – dans les temps ! – notre grande série estivale autour des morceaux parfaits-qui-ne-le-sont-pas-toujours-mais-on-s’en-fout. N’hésitez pas à me suggérer des morceaux que j’aurais du indiquer impérativement mais que j’ai honteusement passé sous silence.
Wednesday August 29th 2007, 12:39 pm
Catégorie : Musique
Il y a quelques temps, Pierre Delanöé est mort. La nouvelle a fait pas mal de bruit : Delanoë était parolier, il faisait partie des tôliers de la chanson française. Il avait travaillé, entre autres, avec Tino Rossi, France Gall, Nicoletta, Joe Dassin et j’en passe. Son parcours était assez atypique : homme de l’administration, il avait fini par rencontrer le succès avec ses chansons, avant de finir sa carrière dans le fauteuil confortable de président d’honneur de la SACEM. Et il avait une sainte horreur du rap. On m’a souvent parlé d’un débat radiophonique dans lequel il avait vomi sa haine du rap et des rappeurs, face à un Abd Al Malik tout de tempérance vêtu.
Dixit Wikipedia : “Pour moi c’est pas de la musique, c’est des vociférations, des éructations (…) J’admets que le rap soit une forme d’expression pour des gens primitifs qui ne sont pas capables de faire de la musique, qui ne savent pas ce qu’est la musique (…)“.
Sa mort ne m’a donc pas inspiré une profonde émotion… En même temps, j’ai depuis peu une certaine tendresse pour les gens qui détestent viscéralement le rap et avec qui on ne peut pas discuter. Avec eux, au moins, les choses sont claires, et on n’est pas obligé d’essayer vainement de les convaincre en leur faisant une compil’ de rap français qu’ils écouteront deux fois pour nous faire plaisir.
Celà dit, le jour de sa mort, pendant que les gens du rap dansaient en riant autour de son cadavre, j’ai ressenti comme une pointe de mélancolie. Delanoë, malgré tout, avait écrit “Nathalie” de Gilbert Bécaud. “Nathalie” est une chanson de mon enfance, j’y peux rien. Magie d’Internet : alors que je ne l’avais pas écouté depuis l’époque d’”Allo maman ici bébé”, j’ai remis la main dessus il y a peu, et elle m’enchante comme au premier jour. Bon, bien sûr, tout ça est un peu surrané, un peu vieille France, mais le romantisme de carte postale qui s’échappe de ce morceau provoque toujours en moi un flot de tendresse et un petit sourire niais.
Donc voilà : Pierre Delanoë était peut-être un vieux con, mais un jour, il a écrit une belle chanson, et j’ai la faiblesse de lui accorder son pass’ pour le paradis sur ce seul critère. Je suis vraiment plein de mansuétude. Et tant qu’aucun rappeur autre qu’Oxmo Puccino n’aura réussi à m’émouvoir en parlant d’amour, je n’en voudrai pas vraiment à Delanöé d’avoir proféré de primitives vociférations anti-rap.
Sunday August 26th 2007, 5:41 pm
Catégorie : Musique
J’ai un problème : Timbaland est entrain de me bouffer le cerveau.
J’avais déjà une immense admiration pour lui depuis pas mal de temps, mais ça prend des proportions inquiètantes depuis qu’un blogger s’est amusé à compiler sur cinq disques une sélection de ses meilleurs travaux. Aujourd’hui, c’est sûr, Tim Mosley s’impose comme ma référence absolue en matière de musique. Loin d’être exhaustives, les 5 archives à télécharger (ce que je condamne fermement) comptent évidemment une pluie de classiques, mais aussi pas mal de morceaux dont je n’avais jamais entendu parler ou que je n’avais pas eu l’occasion d’écouter. Un vrai bonheur : quand 77 morceaux de Timbaland s’alignent dans Winamp, au moment où on appuie sur lecture, on se sent un peu comme un gosse à qui on aurait offert la Boîte de Pandore pour Noël.
Le plus étonnant dans cette sélection, c’est qu’il y a finalement très peu de redites d’un titre à l’autre. Même si on connaît le goût de Timbo pour les percussions vocales ou ethniques, sa façon de faire démarrer en trombe ses morceaux (’Pass that dutch’ de Missy est ahurissant) et le mouvement hypnotique qu’il donne à ses mélodies, chaque morceau a son identité propre, et le champ d’inspiration du producteur semble s’enrichir et se complexifier de titre en titre, comme un monstre tentaculaire qui engloutirait tout ce qu’il touche : gazouillis d’enfant, disques de soul, chanteuse bollywoodienne, réacteur de centrale nucléaire.
Quel titre vous faire écouter ? Dans le lot, ‘We need a resolution’ d’Aaliyah me terrifie, ‘Cry me a river’ me fait inventer des superlatifs insoupçonnés, et ‘Come as you are’ me donne envie de revoir “Fade to Black”. Allez, soyons fou, écoutez juste ‘Shake that shit’ de Shawnna, featuring Ludacris. Je vous met en bonus la courte intro présente sur l’album, qui pourrait être anecdotique si elle ne multipliait pas par 10 le départ déjà fracassant du morceau.
Et dire qu’il me reste le cinquième disque à découvrir…
Saturday August 25th 2007, 10:35 am
Catégorie : Musique
C’est bien connu : au cinéma, les gens sont cons. Ils parlent pendant les bandes-annonces, mangent devant le film et partent pendant le générique de fin. Bon, j’avoue, j’ai du commettre plusieurs fois dans ma vie l’un de ces trois péchés, mais c’est surtout le dernier qui me tracasse. Souvent, pour inciter mes potes à rester assis pendant le générique, je leur dis, grosso modo : “écoutez les gars, y a des gens qui se sont crevés le cul pour faire ce film, alors vous pouvez bien leur accorder trois minutes de votre vie et regarder leur générique“.
Mais en fait, c’est pas vraiment ça qui me pousse à rester assis quand les lumières se rallument. La vraie raison, c’est qu’un générique de fin réussi peut complètement changer la perception qu’on a d’un film. Exemple : la première fois que j’ai vu “The Fountain”, j’ai été un peu désarçonné, mais le thème du générique – “Together we will live forever” de Clint Mansell – m’a cloué au fauteuil. J’ai revu le film récemment, et cette fois-ci, c’est officiel : j’en suis fou.
Et il y a aussi les situations où le réalisateur choisit un morceau parfait, qui va prolonger l’émotion de son film ou lui ouvrir de nouveaux horizons. Exemple : la fin de “Léon”. Mathilda va mettre en terre la plante dans le jardin de sa nouvelle école. Sur fond de guitare sèche, elle chuchote : “J’crois qu’on sera bien ici Léon“… La caméra s’éloigne, et là, boum : Sting – “The Shape of my heart”. Imparable.
Le morceau parfait du jour fait donc partie de ces titres qui, une fois qu’ils ont été associés à une image ou un film, deviennent éternels. Il s’agit de “Tôt ou tard s’en aller” de Francis Cabrel, générique de fin d’“Une époque formidable” de Gérard Jugnot.
L’autre jour, un pote a éclaté de rire quand j’ai cité coup sur coup Cabrel et Jugnot en parlant de “Tôt ou tard s’en aller”. Le pauvre, il ne savait pas qu’avec “Une époque formidable”, Jugnot a fait non seulement le film de sa vie, mais également une fable douce-amère d’une profonde justesse, qui parle d’amour, de honte de soi, d’exclusion, de solidarité et de retrouvailles. Je ne vais pas vous raconter le film, mais si vous ne l’avez jamais vu, pensez à lui donner sa chance le jour où TF1 le rediffusera un dimanche soir.
Est-ce que “Tôt ou tard s’en aller” a été écrit spécialement pour le film ? J’avoue avoir un doute. Si c’est le cas, Cabrel a réussi un coup de maître : évoquer un sujet sensible – l’exclusion – avec des mots suffisamment bien choisis pour éviter les bons sentiments des chansons humanitaires, tout en faisant exister sa chanson par elle-même une fois qu’elle est éloignée du film. Ca n’empêche que, pour longtemps encore, je verrai Richard Bohringer et Ticky Holgado marcher le long d’un autoroute en écoutant ce petit chef d’œuvre.
Wednesday August 22nd 2007, 12:11 pm
Catégorie : Musique
J’étais parti pour écrire un texte très précis sur les raisons qui font de “When I’m gone” d’Eminem un morceau parfait, mais j’ai beaucoup de mal à mettre mes idées en place ces jours-ci.
Grosso modo, j’aurais donc aimé raconter que “When I’m gone” (2005) est un hit en forme d’appel au secours par une superstar à bout de forces. Ou quand un mec brisé de l’intérieur se résoud à faire un tube parce qu’il n’a pas d’autre choix. Pourtant, deux ans plus tôt, Eminem était (presque) le maître du monde : plus gros vendeur de disques sur Terre, co-signataire d’un phénomène (50 Cent), il avait touché le sommet. Ce qui surprend, c’est la vitesse avec laquelle il s’est écroulé. Même si le magazine Forbes l’a récemment classé sixième de son top 20 des personnalités les plus riches du hip-hop, on a l’impression que Marshall Mathers est déjà devenu la relique d’une époque passée.
Logiquement matraqué sur toutes les radios du monde, “When I’m gone” est extrait de “Curtain calls”, premier best-of d’Eminem, sorti fin 2005. J’ai découvert ce titre sur Skyrock, à un moment où j’avais vraiment besoin d’un morceau désespérement triste dans ma vie. Ce jour-là, Eminem a réalisé mon rêve : sans aucune retenue, il a pondu une instru où les harmonies de violons s’envoleraient aussi loin que le permettraient la technologie de son synthétiseur, et il a interprété un texte déchiré, dédié à sa fille Hailie qu’il a trop souvent abandonné au profit de sa carrière. N’étant pas encore papa, j’avais alors décidé que le refrain de “When I’m gone” serait adaptable à d’autres situations de la vie.
(…)
Mon passage préféré est le troisième couplet. Dans une séquence surréaliste, Eminem est apostrophé en plein concert par sa fille au premier rang. Je vais pas me lancer dans une explication de texte, mais la narration se fait floue, hallucinée : le téléscopage entre les paroles d’Hailie, les pensées d’Eminem et les voix de ses potes résument très bien l’état dans lequel il devait se trouver au moment où il a annulé une série de concerts, la faute à une addiction aux somniphères. On le sent complétement perdu. Jusque là, Eminem s’était distingué de ses contemporains par sa capacité à mettre en scène ses déboires sans aucune inhibition et avec un sens du spectacle affuté. Mais dans “When I’m gone”, on sent qu’il est épuisé par sa propre comédie, et que tout le décorum qu’il a construit s’effondre petit à petit sur lui (”I hear applause, all this time I couldn’t see / How could it be, that the curtain is closing on me“).
Bref, j’ai retourné le problème dans tous les sens : même si vous êtes mauvais public ou beatmaker (pléonasme ?) c’est très difficile de ne pas être ému par ce morceau, et ça l’est encore en plus si vous matez le clip – non, en vrai, le clip surligne un peu trop la narration, mais le coup de la balançoire au ralenti à la fin m’a quand même bousillé.
Avec “When I’m gone”, Eminem a gagné mon respect éternel.
Sunday August 12th 2007, 2:25 pm
Catégorie : Musique
Il y a deux ans, j’ai interviewé le producteur Disco D pour le webzine abcdrduson.com. Disco D, alias David Shayman, venait alors de produire “Ski Mask Way” sur le deuxième album de 50 Cent, “The Massacre”. Comme d’habitude, j’étais fasciné de voir un relatif inconnu se retrouver parachuté sur un album-blockbuster, et comme j’avais découvert qu’il passait beaucoup de temps sur Internet, je l’avais contacté par e-mail pour faire une interview.
En général, les interviews par e-mail sont laborieuses : il faut un peu de flair et beaucoup de chance pour trouver quelqu’un qui saura gommer la distance de l’écrit et faire l’effort de formuler des réponses denses et précises. A ce jeu-là, Disco D avait été un très bon client : quelques jours après lui avoir envoyé mes questions, l’interview était prête à être publiée. Il m’avait répondu très vite, racontait des choses vraiment intéressantes, et on sentait à la lecture qu’il bouillonnait d’idées et de projets.
En ce temps-là, j’imaginais vraiment que Disco D allait conquérir le monde après avoir placé une prod’ sur un album de 50 Cent. Ca me semblait même évident. Mais je n’ai plus vraiment entendu parler de lui par la suite : l’énorme projet qu’il mentionnait en fin d’interview était en fait l’album de Kevin Federline, échec pop retentissant, et même si son nom est apparu aux côtés de plusieurs artistes réputés par la suite (AZ, Trick Daddy), la success-story espérée n’a pas eu lieu.
Et puis, le 23 janvier 2007, j’ai appris qu’il s’était donné la mort.
Il y a quelques jours, le magazine new yorkais Village Voice a publié “The Death of Disco”, un long article sur la vie et la mort de Disco D. On y découvre un jeune homme fragile, bourré d’enthousiasme et d’angoisse, qui a énormément souffert de voir ses espoirs musicaux s’effondrer un par un. J’imagine que l’auteur, Adam Matthews, devait le connaître personnellement, car la multitude de détails qui jonchent l’article émeut autant qu’elle met mal à l’aise. En interrogeant ses proches, tous très affectés, il s’est immergé dans l’intimité de Disco D pour en ressortir un document d’exception, à l’exact opposé des fantasmes de réussite et d’auto-motivation qui ornent les pages myspace et les unes de magazine. Glaçant.
Friday August 10th 2007, 2:04 pm
Catégorie : Musique
En 2005, j’ai participé au volume 2 de la compilation “A l’instinct”, projet collégial mis en œuvre par Shaolin, rappeur et maître d’œuvre du collectif grenoblois Le Monaster. Je produisais deux morceaux solo de Shao’ sur cet album : ‘Objecteur de conscience’ et ‘Sans frontière’, titre de fin de disque doux et calme. Déjà obsédé par la chanson française dans le rap, j’avais utilisé pour ‘Objecteur de conscience’ un sample de clarinette et d’accordéon pioché dans un titre de William Sheller : “Oncle Arthur et moi”. Evidemment, j’ai un peu de mal à réécouter ma prod’ aujourd’hui, car je pense que je pourrais en faire quelque chose de bien meilleur avec mes deux années en plus, mais comme le morceau avait bien plu aux gens à l’époque, je peux dormir tranquille.
William Sheller est un compositeur bouillonnant et rigoureux (de formation classique, je crois) et un auteur sophistiqué, qui évoque les aléas de l’existence avec fragilité et élégance. Chez Sheller, on se quitte à Genève et on médite à Guernesey. Les enfants s’appellent Léopold et les femmes séduisent en jouant du Debussy derrière un piano noir. Il y a un peu de bourgeoisie dans sa musique, mais elle n’est jamais discriminante. “Oncle Arthur et moi”, morceau parfait du jour, est un souvenir d’enfance chaud et confortable. Tout le contraire de “Nicolas”, son ex-aequo.
“Nicolas” existe en version originale quelque part dans la discographie de Sheller. Trop nerveux, le titre ne m’inspire pas la même mélancolie que sa version live, issue de l’album “En solitaire”, l’un des plus grands succès de William Sheller. Seul au piano, il nous raconte l’histoire de Nicolas, un petit garçon que ses parents viennent déposer dans une famille d’accueil. William Sheller décrit la scène d’une façon incroyablement simple et précise : en quelques mots, on capte l’atmosphère faussement chaleureuse qui règne entre les adultes, l’angoisse du gosse et l’austérité de son nouveau foyer. Si un clip avait été réalisé pour cette chanson, il aurait été vain, car le texte de “Nicolas” évoque déjà des images bien trop fortes et précises.
J’ai vu “Ratatouille” au cinéma avant-hier soir, et en voyant l’une des dernières scènes (que je ne vous dévoilerai pas), j’ai encore été bluffé par la capacité des scénaristes de chez Pixar à restituer des sensations de l’enfance sans être démagogiques ni déconnectés de la leur – “Toy Story 2″ étant à ce titre un véritable chef d’œuvre. Et bien, avec “Nicolas” et “Oncle Arthur et moi”, William Sheller ressemble aux scénaristes de Pixar : il a su garder en lui une part d’enfance intacte qu’il peut esquisser avec son regard d’adulte sans faire de ratures. Chez moi, on appelle ça du génie.
Saturday August 04th 2007, 9:32 am
Catégorie : Musique
En 2005, par l’initiative de Dreddy Krueger, la compilation “Think Differently Music” a vu le jour. Le principe : faire se rencontrer, le temps d’un album, la nébuleuse Wu-Tang avec la crème du rap indépendant. L’idée était alléchante : après avoir dominé le rap des années 90 avec son folkore baroque et puissant, le Wu a fini par devenir inévitablement une entité vieillissante. Il était donc malin de la part de Dreddy Krueger de se concentrer exclusivement sur l’énorme socle de fans du Wu-Tang en leur livrant le projet ultime, qui mettrait face à face la mythologie Wu avec les héritiers d’un rap new-yorkais rugueux. Parmi eux : Vast Aire de Cannibal Ox, Aesop Rock, RA The Rugged Man et, bien sûr, MF Doom.
Finalement, la compil’ est sortie, et a eu l’effet d’un pétard mouillé, et je n’ai jamais vraiment su si son échec était du à sa médiocrité ou à la fâcheuse tendance qu’ont les fans à monter en épingle des albums pour les oublier deux jours après leur sortie.
Pour la peine, j’ai acheté l’album récemment pour cinq euros. Je m’attendais à un projet médiocre, ce n’est pas vraiment le cas, mais je ne l’ai pas écouté suffisamment pour le réhabiliter par écrit. Bizarrement, “Think Differently Music” semble construit à l’envers, avec une succession de très bons titres sur la fin du disque. Parmi eux : ‘Verses’, qui réunit La The Darkman, Ras Kass, GZA et un certain Scaramanga Shallah.
‘Verses’ représente très bien cette idée d’un énorme cadeau fait au fan, ne serait-ce que pour le sample qu’il exploite : ‘I wish you were here’, fameux titre d’Al Green, l’un des artistes soul qu’on associe le plus souvent au son Wu-Tang. Les 20 premières secondes semblent ainsi uniquement destinées à exciter le Wu-fan : le producteur (DJ Noize), fait tourner le titre original sur sa platine, fait semblant d’y chercher un passage précis, avant que les couplets démarrent sur une énorme boucle de quatre mesures, qui porte l’ensemble du morceau à elle toute seule.
Il y a tellement de subtilités et d’évolutions dans cette boucle – entre la mélodie de violons et les harmonies d’Al Green – qu’on ne voit pas quels autres arrangements seraient possibles. Et d’ailleurs, il n’y en a pas. Alors oui, on appelle ça un “sample grillé”, mais quand un plaisir coupable est pleinement assumé comme ici, ça fonctionne, d’autant que les MC’s semblent tous ravi de rapper sur cette boucle-là.