Archive pour août 2007

Les morceaux parfaits (10/10)

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La pancarte “Je suis anticonformiste” n’apparaît malheureusement pas à l’image.

Sage Francis m’énerve. Je l’aime beaucoup, mais il me donne trop souvent l’impression d’être l’un de ces rappeurs qui a aimé le rap à une époque donnée pour une raison spécifique, et qui dix ans après s’étrangle de rage en constatant que la musique qu’il avait idéalisé petit n’est en fait qu’un vaste bordel foutraque et complexe. Alors, pour se venger, il sort ses albums au rayon rock alternatif. Malgré toute ma bonne volonté, je n’ai pas réussi à aimer ses deux derniers albums, “A Healthy Distrust” et “Human The Death Dance”. A chaque fois, j’avais l’impression de me retrouver face à un vieil acariâtre qui se sent obligé de rapper avec un rictus aux lèvres pour prouver à la Terre entière que oui, il est véritablement possédé par le démon de l’écriture et que non, il n’est pas dupe face aux injustices du monde et aux dérives du rap. Et en plus de ça, il déteste Jay-Z (ce qui aurait pu très bien servir d’argument unique à ce premier paragraphe).

Mais en vérité, il y a une vraie raison à mon agaçement : ça fait maintenant cinq ans que j’attend que Sage Francis effleure de nouveau la magie de ‘Runaways’, le dernier titre de “Personal Journals”, son premier album “officiel”, que j’aime d’un amour fou et inconditionnel. Quand l’album était sorti en 2002, j’avais déjà essayé de donner une chance à la clique Anticon – le collectif de rappeurs blancs qu’il fallait à tout prix aimer sur Internet à l’époque où les nerds souffraient encore d’un complexe d’infériorité – mais le peu que j’avais entendu (cLOUDDEAD, Alias) m’avait épuisé. Sage Francis, en revanche, a conçu un album d’une fluidité extraordinaire, mélodique, mélancolique et touchant quand il aurait pu être opaque, larmoyant et narcissique.

Ca doit être dur pour un rappeur de continuer à écrire après avoir fait un titre de la trempe de ‘Runaways’. Que reste-t-il à raconter quand on a fait le morceau qui pourrait accompagner notre dépouille funéraire ? D’ailleurs, je suis sûr que Sage Francis lui-même ne s’est jamais remis de ce titre : son dernier album s’ouvre sur les mêmes cris d’enfants dans une cour de l’école que ceux qui ferment ‘Runaways’. Mais l’émotion se dissipe vite. Une vraie fausse joie comme savent le faire les rappeurs – un peu comme quand Oxmo décide de faire du meilleur titre de “L’Amour est mort” une outro cachée d’une minute.

J’aimerais bien décortiquer pour vous ‘Runaways’, mais je me rend compte qu’un titre de cet accabit ne transite pas par mon intellect, il me va directement droit au coeur. On y entend le temps qui passe et toutes ces petites choses qui nous échappent à jamais en grandissant. Bref, le genre de titre que je devrais éviter d’écouter à J-1 avant mes 26 ans.

Sage Francis – Runaways (2002)

Et c’est ainsi que se termine – dans les temps ! – notre grande série estivale autour des morceaux parfaits-qui-ne-le-sont-pas-toujours-mais-on-s’en-fout. N’hésitez pas à me suggérer des morceaux que j’aurais du indiquer impérativement mais que j’ai honteusement passé sous silence.

Les morceaux parfaits (9/10)

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Il y a quelques temps, Pierre Delanöé est mort. La nouvelle a fait pas mal de bruit : Delanoë était parolier, il faisait partie des tôliers de la chanson française. Il avait travaillé, entre autres, avec Tino Rossi, France Gall, Nicoletta, Joe Dassin et j’en passe. Son parcours était assez atypique : homme de l’administration, il avait fini par rencontrer le succès avec ses chansons, avant de finir sa carrière dans le fauteuil confortable de président d’honneur de la SACEM. Et il avait une sainte horreur du rap. On m’a souvent parlé d’un débat radiophonique dans lequel il avait vomi sa haine du rap et des rappeurs, face à un Abd Al Malik tout de tempérance vêtu.

Dixit Wikipedia : “Pour moi c’est pas de la musique, c’est des vociférations, des éructations (…) J’admets que le rap soit une forme d’expression pour des gens primitifs qui ne sont pas capables de faire de la musique, qui ne savent pas ce qu’est la musique (…)“.

Sa mort ne m’a donc pas inspiré une profonde émotion… En même temps, j’ai depuis peu une certaine tendresse pour les gens qui détestent viscéralement le rap et avec qui on ne peut pas discuter. Avec eux, au moins, les choses sont claires, et on n’est pas obligé d’essayer vainement de les convaincre en leur faisant une compil’ de rap français qu’ils écouteront deux fois pour nous faire plaisir.

Celà dit, le jour de sa mort, pendant que les gens du rap dansaient en riant autour de son cadavre, j’ai ressenti comme une pointe de mélancolie. Delanoë, malgré tout, avait écrit “Nathalie” de Gilbert Bécaud. “Nathalie” est une chanson de mon enfance, j’y peux rien. Magie d’Internet : alors que je ne l’avais pas écouté depuis l’époque d’”Allo maman ici bébé”, j’ai remis la main dessus il y a peu, et elle m’enchante comme au premier jour. Bon, bien sûr, tout ça est un peu surrané, un peu vieille France, mais le romantisme de carte postale qui s’échappe de ce morceau provoque toujours en moi un flot de tendresse et un petit sourire niais.

Donc voilà : Pierre Delanoë était peut-être un vieux con, mais un jour, il a écrit une belle chanson, et j’ai la faiblesse de lui accorder son pass’ pour le paradis sur ce seul critère. Je suis vraiment plein de mansuétude. Et tant qu’aucun rappeur autre qu’Oxmo Puccino n’aura réussi à m’émouvoir en parlant d’amour, je n’en voudrai pas vraiment à Delanöé d’avoir proféré de primitives vociférations anti-rap.

Gilbert Bécaud – Nathalie

PS : je viens de découvrir un extrait audio de ce fameux débat sur France Inter. Faudrait que je soigne cette saloperie de mansuétude à l’occasion, quand même.

Assez parlé.

Deux nouvelles instrus en écoute sur ma page myspace : HPNOTIC et LAST MAN STANDING.

Bien ?

Les morceaux parfaits (8/10)

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J’ai un problème : Timbaland est entrain de me bouffer le cerveau.

J’avais déjà une immense admiration pour lui depuis pas mal de temps, mais ça prend des proportions inquiètantes depuis qu’un blogger s’est amusé à compiler sur cinq disques une sélection de ses meilleurs travaux. Aujourd’hui, c’est sûr, Tim Mosley s’impose comme ma référence absolue en matière de musique. Loin d’être exhaustives, les 5 archives à télécharger (ce que je condamne fermement) comptent évidemment une pluie de classiques, mais aussi pas mal de morceaux dont je n’avais jamais entendu parler ou que je n’avais pas eu l’occasion d’écouter. Un vrai bonheur : quand 77 morceaux de Timbaland s’alignent dans Winamp, au moment où on appuie sur lecture, on se sent un peu comme un gosse à qui on aurait offert la Boîte de Pandore pour Noël.

Le plus étonnant dans cette sélection, c’est qu’il y a finalement très peu de redites d’un titre à l’autre. Même si on connaît le goût de Timbo pour les percussions vocales ou ethniques, sa façon de faire démarrer en trombe ses morceaux (‘Pass that dutch’ de Missy est ahurissant) et le mouvement hypnotique qu’il donne à ses mélodies, chaque morceau a son identité propre, et le champ d’inspiration du producteur semble s’enrichir et se complexifier de titre en titre, comme un monstre tentaculaire qui engloutirait tout ce qu’il touche : gazouillis d’enfant, disques de soul, chanteuse bollywoodienne, réacteur de centrale nucléaire.

Quel titre vous faire écouter ? Dans le lot, ‘We need a resolution’ d’Aaliyah me terrifie, ‘Cry me a river’ me fait inventer des superlatifs insoupçonnés, et ‘Come as you are’ me donne envie de revoir “Fade to Black”. Allez, soyons fou, écoutez juste ‘Shake that shit’ de Shawnna, featuring Ludacris. Je vous met en bonus la courte intro présente sur l’album, qui pourrait être anecdotique si elle ne multipliait pas par 10 le départ déjà fracassant du morceau.

Et dire qu’il me reste le cinquième disque à découvrir…

Shawnna ft. Ludacris – Shake that shit (2004)

Juste pour le plaisir :

Les morceaux parfaits (7/10)

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C’est bien connu : au cinéma, les gens sont cons. Ils parlent pendant les bandes-annonces, mangent devant le film et partent pendant le générique de fin. Bon, j’avoue, j’ai du commettre plusieurs fois dans ma vie l’un de ces trois péchés, mais c’est surtout le dernier qui me tracasse. Souvent, pour inciter mes potes à rester assis pendant le générique, je leur dis, grosso modo : “écoutez les gars, y a des gens qui se sont crevés le cul pour faire ce film, alors vous pouvez bien leur accorder trois minutes de votre vie et regarder leur générique“.

Mais en fait, c’est pas vraiment ça qui me pousse à rester assis quand les lumières se rallument. La vraie raison, c’est qu’un générique de fin réussi peut complètement changer la perception qu’on a d’un film. Exemple : la première fois que j’ai vu “The Fountain”, j’ai été un peu désarçonné, mais le thème du générique – “Together we will live forever” de Clint Mansell – m’a cloué au fauteuil. J’ai revu le film récemment, et cette fois-ci, c’est officiel : j’en suis fou.

Et il y a aussi les situations où le réalisateur choisit un morceau parfait, qui va prolonger l’émotion de son film ou lui ouvrir de nouveaux horizons. Exemple : la fin de “Léon”. Mathilda va mettre en terre la plante dans le jardin de sa nouvelle école. Sur fond de guitare sèche, elle chuchote : “J’crois qu’on sera bien ici Léon“… La caméra s’éloigne, et là, boum : Sting – “The Shape of my heart”. Imparable.

Le morceau parfait du jour fait donc partie de ces titres qui, une fois qu’ils ont été associés à une image ou un film, deviennent éternels. Il s’agit de “Tôt ou tard s’en aller” de Francis Cabrel, générique de fin d’“Une époque formidable” de Gérard Jugnot.

L’autre jour, un pote a éclaté de rire quand j’ai cité coup sur coup Cabrel et Jugnot en parlant de “Tôt ou tard s’en aller”. Le pauvre, il ne savait pas qu’avec “Une époque formidable”, Jugnot a fait non seulement le film de sa vie, mais également une fable douce-amère d’une profonde justesse, qui parle d’amour, de honte de soi, d’exclusion, de solidarité et de retrouvailles. Je ne vais pas vous raconter le film, mais si vous ne l’avez jamais vu, pensez à lui donner sa chance le jour où TF1 le rediffusera un dimanche soir.

Est-ce que “Tôt ou tard s’en aller” a été écrit spécialement pour le film ? J’avoue avoir un doute. Si c’est le cas, Cabrel a réussi un coup de maître : évoquer un sujet sensible – l’exclusion – avec des mots suffisamment bien choisis pour éviter les bons sentiments des chansons humanitaires, tout en faisant exister sa chanson par elle-même une fois qu’elle est éloignée du film. Ca n’empêche que, pour longtemps encore, je verrai Richard Bohringer et Ticky Holgado marcher le long d’un autoroute en écoutant ce petit chef d’œuvre.

Francis Cabrel – Tôt ou tard s’en aller