Les morceaux parfaits (3/10)
Cette série des morceaux parfaits pourrait vraiment être l’occasion de développer mon image de musicien esthète. Car si, sur ces dix titres, neuf ne plaisent pas aux lecteurs, je risque de passer pour un mec qui n’a aucun goût, et ce serait vraiment dommage pour la suite. Il faut que je fasse gaffe à mes choix.
Et puis en fait, non. Morceau du jour : Eve ft. Swizz Beatz – Tambourine.
Voilà exactement le genre de morceau que j’aimerais produire. Allez savoir pourquoi, quand je fais des prods’, ça se termine souvent dans la mélancolie. Pourtant, ce qui me fait kiffer, c’est un son comme ça : quelque chose d’immédiat, de puissant, d’efficace. “Tambourine” est le premier extrait du nouvel album de Eve, rappeuse télégénique qui revient d’une longue absence discographique. Signée chez Aftermath, elle a eu la bonne idée d’opérer son retour sous la houlette de Swizz Beatz, le producteur qui, comme elle, a été révélé par son travail au sein de l’écurie new-yorkaise Ruff Ryders. Un Swizz Beatz survolté qui domine chaque centimètre de cet énorme single.
J’ai le souvenir d’une interview de Swizz Beatz dans Scratch, dans lequel il disait, en substance : “I like to bang“. Traduction : “quand je suis devant ma MPC, j’aime que ça cogne“. Et c’est ce qu’on ressent à chacune de ses productions : il semble agir uniquement par instinct, sans mettre la moindre réflexion dans sa musique. Comme si les pads de sa MPC étaient directement reliés aux membranes de son cerveau monté sur ressorts. Pour cette raison, Swizz Beatz est l’un des meilleurs producteurs de l’histoire du hip-hop. Pas seulement parce qu’il tient le haut du pavé de la production US depuis une décennie, mais plutôt parce qu’il réussit, par son excitation permanente, à personnifier à sa manière l’énergie du hip-hop.
Si on devait nommer un héritier au Bomb Squad, on citerait peut-être El-P pour se donner bonne conscience, mais Swizz Beatz le mérite tout autant que lui. Si l’on décortique un peu “Tambourine”, on constate que le morceau ne repose que sur une accumulation de fragments sonores – sirènes, contretemps de batterie, cris, sifflets – qui rebondissent les uns contre les autres dans un grand bordel frénétique. Swizzy, lui, déambule au milieu de tout ça, complètement grisé par sa propre énergie. Le plaisir qu’il prend à faire un tube est communicatif. Co-écrit par Sean Garrett, songwriter en vogue, “Tambourine” est un hit à flux tendu, lancé à pleine vitesse dans la quête du gimmick ultime : “Shake your tambourine, go and get yourself a whistling“.
Et en plus, Eve défonce dans le clip, ce qui ne gâche rien. Enjoy :
[youtube=http://www.youtube.com/watch?v=94lcY9D2rOQ]
31.07.2007
Cette série des morceaux parfaits pourrait vraiment être l’occasion de développer mon image de musicien esthète.
Mais tu as finalement choisi de développer celle du bloggeur incompris. Courageux.