Amel, Dreyf et moi

Et en plus, elle ressemble trop à une fille que j’ai connu. Mais ça doit être un hasard.
18 juin 2007, jour funeste. C’est en effet aujourd’hui qu’est sorti “A 20 ans”, le nouvel album d’Amel Bent. Ne vous méprenez pas : j’ai beaucoup d’admiration pour la belle Amel. Mais, si vous lisez ce blog régulièrement, vous savez déjà que la simple évocation de son nom provoque en moi un flot de détresse.
Car entre Amel Bent et moi, il s’est passé un truc de dingue l’année dernière. Un truc dont elle ne doit même pas être au courant, d’ailleurs. Si vous vous appelez DJ Kore, Lionel Florence, Tefa ou Masta, ce que je vais raconter va sûrement vous sembler dérisoire, mais si vous êtes un beatmaker du gouffre qui lit trop Scratch Magazine, je pense que vous saurez apprécier cette anecdote à sa juste valeur.
En mai 2006, Amel Bent est venue en concert du côté de chez moi, à Besançon. C’était dans le cadre du NRJ Music Tour, grosse tournée gratuite en plein air. C’était l’un de ces jours où j’avais la désagréable impression de rien faire de ma vie, surtout dans la musique. Alors, sur un coup de tête, j’ai gravé un CD d’instrus et je me suis mis en tête d’essayer de lui filer en coulisses. Armé d’un pass backstage et de mon disque, je me suis faufilé derrière la scène à la fin du concert, où une bande de privilégiés se saoûlaient au Ricard, principal sponsor de l’événement.
J’ai pas réussi à donner le CD en mains propres à Amel, mais je suis tombé sur l’une de ses choristes, à qui j’ai expliqué ma situation en quelques mots. Avec beaucoup de délicatesse, ladite choriste a rétorqué que, de toute façon, “Amel s’en fout, elle écoute jamais les maquettes“. Réprimant un sanglot, je lui ai répondu que tant pis, je prenais le risque. Et je lui ai donné le CD.
Trois mois plus tard, alors que j’avais fait le deuil de cette anecdote, je m’apprêtais à prendre le train pour passer le week-end à Paris quand soudain, mon téléphone a sonné.
A l’appareil, un type se présente – “je suis directeur artistique” – et m’explique qu’il a écouté un CD de moi.
Un CD que j’aurais remis lors d’un concert à Amel Bent.
Qui aurait kiffé deux instrus.
Qu’elle souhaiterait utiliser pour son album.
Note : je crois que je pourrais me raconter cette histoire chaque jour de ma vie avant de m’endormir, çe passage précis me ferait toujours le même effet.
Sur le coup, j’ai pas pigé. Ensuite, je suis devenu complètement dingue, mais je me suis efforcé de rester le plus neutre possible – comme s’il m’arrivait fréquemment de recevoir ce genre de coup de fil.
Le lendemain matin, j’avais rendez-vous avec le mec, dans les locaux d’une société parisienne qui avait des disques d’or de Sinik et Lââm au mur. L’entretien n’a pas duré longtemps. Je me suis présenté vite fait, le type m’a fait écouter les deux prods en question (track 1 et 2 sur le Beat-CD, j’avais eu du flair), et on a discuté un peu :
- T’as déjà bossé avec qui ?
- Bah… Shaolin, Dreyf… Tu connais ?
- Nan.
- (…)
Au bout de quelques minutes, il a bien fallu que je lui dise que j’avais utilisé des samples pour composer les deux sons, et j’ai senti à ce moment précis que je venais de casser l’ambiance.
En rentrant chez moi après ce rendez-vous, dans ma tête, j’étais Timbaland. Fou d’enthousiasme à l’idée de placer deux sons sur l’album d’une artiste que je kiffe, je me sentais comme un gosse qui vient de coincer son pied dans la porte de l’usine du Père Noël.
Mais la suite a été moins spectaculaire : de septembre à avril 2007, j’ai eu aucune info sur l’avancement de l’album. Quand j’envoyais des mails, on me répondait qu’on me tiendrait au courant. Je me suis donc bercé d’illusions pendant quelques mois, avant de tomber sur la une du quotidien Aujourd’hui En France le 19 avril. A côté de Nicolas Sarkozy (“J’ai des cicatrices partout“), un encart : “Amel Bent dit tout“. Et là, la douche froide : son nouvel album, celui auquel j’espérais participer, était annoncé pour le mois de juin. Avec en prime la présence d’un titre écrit par Charles Aznavour. Il manquait juste un featuring de Jay-Z pour que je me jette sous le premier bus qui passait.
Etant donné que je n’avais pas envoyé de pistes séparées de mes deux instrus, j’ai donc compris que c’était mort. Tant pis. Bizarrement, ma non-participation au disque m’a moins fait chier que je ne le craignais, sachant que quelques mois plus tôt, je m’accrochais à cet espoir comme à une bouée de sauvetage. Comprenons-nous bien : je ne raconte pas cette petite aventure avec aigreur, mais je me suis tellement raconté cette histoire qu’il faut bien que je la partage avec deux ou trois personnes aujourd’hui. Les deux prods n’ont pas été retenues pour des raisons que j’ignore complétement, mais j’aurais bien aimé savoir pourquoi, par simple curiosité.
J’ai pas encore écouté le nouvel album d’Amel Bent, et je pense pas que je le ferai – je suis un garçon très fragile. Mais si jamais vous y entendez un son qui ressemble vaguement aux deux instrus en écoute sur ma page myspace, faites-moi signe, je me ferai une joie de détester l’industrie du disque et de faire noter, en épitaphe de ma carrière de beatmaker, la phrase : “Industry shady, y’all need to be taken over“.
Enfin, je n’ai jamais été en contact avec Amel Bent, et ça m’aurait fait kiffer de la remercier, parce que même si cette histoire ne s’est pas finie comme je l’espérais, c’est le genre de petit événement qui donne envie de s’accrocher à son rêve. Et si vous trouvez ça pathétique, j’vous emmerde.
18.06.2007
en plus elle a maigri et ça lui va bien…
19.06.2007
cet article dé-fonce (je sais ça fait cercle d’amis qui s’auto-congratulent mais tant pis). Et je dis ça alors que je connaissais déjà l’histoire hein! Mais la chute me met le sourire aux lèvres. Big up comme dirait la copine d’Amel.
19.06.2007
@Bax : Grave.
@Yacine : j’étais presque persuadé que j’allais te décevoir sur ce coup. Comme quoi !
19.06.2007
La premiere moitié du nouvel album d’Amel est assez mauvais (d’apres mes oreilles, pas forcement certifiées conformes!), un peu trop façon rnb qui m’exaspere… mais la deuxieme (forcement) moitié est vraiment tres agreable, plus dans un registre de varieté, même,je dirais, chanson française…
Et sa voix s’accorde vraiment bien aux melodies d’un piano…
Je ne sais pas si tu vas l’écouter JB mais voila mes petites impressions du moment ;-)
Et sinon ben l’article est tres bien ecrit et c’est bien dommage pour toi… mais le fait de se dire qu’elle a accroché à deux de tes prods doit bien te faire (un peu) plaisir ;-) meme si suite, il n’y a pas eu…
Par contre Honte au directeur artistique, ne pas connaitre Dreyf et Shaolin pfff… J’espere qu’il a comblé ses lacunes depuis :)
19.06.2007
bonjour,
moi j’trouve ton histoire très touchante et je te comprends d’autant mieux que j’ai eu une histoire similaire avec diam’s à qui j’ai voulu donné mes coordonnées pour la faire jouer dans ma ville…après 4 heures d’attente sous la pluie, elle m’a parlé mais mon numéro n’est jamais parvenu à son agent…tant pis pour moi.mais garde courage avec ton son, bientôt amel viendra te demander des sons…bon courage et continue ton chemin, petit garçon et reste fragile c’est mignon…
20.06.2007
Ca y est, j’vais rougir. :)
Merci pour ton message, mam’zelle Bee… Et je dédie ce post à tout ceux et toutes celles qui attendent sous la pluie après les concerts !
@Rg Prod : J’vais quand même essayer d’écouter l’album d’Amel, le morceau écrit par Aznavour m’a vraiment plu, on aurait dit un mélange de “Si maman si” (France Gall) avec “Hier encore”.
20.06.2007
D’abord je voulais dire ke ton blog est super intéressant et j’espère ke le dernier article commencera par “L’album sort dans quelques jours”.
A ta place je crois que j’aurais trop eu la haine par rapport à cet histoire. Respect pr le zen de ton article.
J’espere kon annulera pâ votre projet just à coz du fait ke vous ayez pa le buzz dun booba ou diams!!!!
Que le mojo soit avec toi
21.06.2007
:)
25.06.2007
Hé bé, je la connaissais avec un rappeur, mais elle est moins drôle. Nan sérieusement, je connaissais l’histoire mais t’as un putain de ton quand tu raconte tes trucs de jeune rêveur, ça dédédéboite.
25.06.2007
Ironie escherienne : si tu faisais de cette histoire un court-métrage, les deux instrus en question feraient une bande sonore idéale… La première pour l’attente épuisante, la seconde pour la conclusion douce-amère…
25.06.2007
‘tain Rémi, la boîte à idée personnifiée…Vais voler le concept tiens (mais pr de vrai hein) ;) Sinon JB, même si je poste jamais, j’apprécie vraiment le blog et ses différents bulletins, et cette façon d’amener le projet est vraiment mortelle…
01.11.2007
[...] écoute sur ma page Myspace : “Growin’ old”, instrumental réalisé en plein dans ma période “Amel Bent” (septembre 2006)… [...]
23.03.2009
[...] Non, je n’ai rien oublié. [...]