Archive pour juin 2007

Les photos, les chansons et les orchestrations…

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C’est ce qui s’appelle une pochette prémonitoire

Le week-end dernier, j’étais à Paris pour bosser sur l’album en compagnie de mon rappeur préféré. Attention : debriefing.

Au chapitre des sueurs froides, j’ai téléphoné aux éditions Raoul Breton vendredi pour avoir quelques nouvelles et prendre la température de leur enthousiasme. Le verdict ? Mitigé. Mon interlocuteur ne m’a pas caché que, sur le plan juridique, le processus d’autorisation pour un tel projet était “très compliqué” vu la diversité des sources sonores utilisées. Entre autres.

Une fois n’est pas coutume, je ne vais pas trop rentrer dans le détails de la conversation, mais je peux au moins vous dire que d’ici deux semaines, on devrait avoir une “réponse de principe” pour savoir si, oui ou non, ça vaut le coup de poursuivre notre projet.

(…)

Au chapitre du baume au cœur, on a enregistré environ quatre titres dimanche après-midi au cours d’une très bonne séance de studio avec trois des invités qui apparaîtront sur cet album en suspens : Viny, Beakosan et Delta (Expression Direkt).

Déjà présent sur “Son d’automne”, Viny m’a bluffé avec l’excellent couplet qu’il a posé pour “72 degrés”, titre éthylique sur le même thème que “Les deux guitares”. J’avais un peu perdu foi en ce morceau (c’est ma toute première prod’ tiré d’un titre d’Aznavour, je dois la remettre à jour), mais la complicité entre Dreyf et lui m’a convaincu.

Beakosan, lui, n’a pas eu le temps de poser son 16 mesures, mais il apparaîtra aux côtés de Delta sur “La Cape Rouge”, morceau martial porté par des cuivres emprunté au “Toréador”.

Un Delta qui nous a fait une belle démonstration de professionnalisme et de présence vocale. Evidemment, j’ai pas pu m’empêcher de me souvenir ces jours où je jouais à NBA Live ‘96 en écoutant les morceaux inspirés du film “La Haine”. Ha, “Dealer pour survivre”… Travailler avec quelqu’un qui a contribué à vous donner le goût du rap, c’est quand même mortel.

Un grand Merci à eux trois et à notre ingénieur du son Olivier : dans des circonstances comme celles-là, c’est un vrai plaisir de faire du rap. Je devrais poster quelques vidéos de la session dans les jours qui viennent.

Ha, et anecdote du week-end : j’ai croisé Def Bond dans le métro. Pendant 5 minutes, il a été mon rappeur préféré de tous les temps. Du coup, je viens de réécouter son album, et comme j’expliquais à Dreyf l’autre jour, même si son homonyme-moins-deux-lettres n’a jamais vraiment été pris au sérieux, on lui doit quand même quelques bons moments, comme celui-ci :

Def Bond – Tant pis (extrait de “Le Thème”, 1999)

Amel, Dreyf et moi

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Et en plus, elle ressemble trop à une fille que j’ai connu. Mais ça doit être un hasard.

18 juin 2007, jour funeste. C’est en effet aujourd’hui qu’est sorti “A 20 ans”, le nouvel album d’Amel Bent. Ne vous méprenez pas : j’ai beaucoup d’admiration pour la belle Amel. Mais, si vous lisez ce blog régulièrement, vous savez déjà que la simple évocation de son nom provoque en moi un flot de détresse.

Car entre Amel Bent et moi, il s’est passé un truc de dingue l’année dernière. Un truc dont elle ne doit même pas être au courant, d’ailleurs. Si vous vous appelez DJ Kore, Lionel Florence, Tefa ou Masta, ce que je vais raconter va sûrement vous sembler dérisoire, mais si vous êtes un beatmaker du gouffre qui lit trop Scratch Magazine, je pense que vous saurez apprécier cette anecdote à sa juste valeur.

En mai 2006, Amel Bent est venue en concert du côté de chez moi, à Besançon. C’était dans le cadre du NRJ Music Tour, grosse tournée gratuite en plein air. C’était l’un de ces jours où j’avais la désagréable impression de rien faire de ma vie, surtout dans la musique. Alors, sur un coup de tête, j’ai gravé un CD d’instrus et je me suis mis en tête d’essayer de lui filer en coulisses. Armé d’un pass backstage et de mon disque, je me suis faufilé derrière la scène à la fin du concert, où une bande de privilégiés se saoûlaient au Ricard, principal sponsor de l’événement.

J’ai pas réussi à donner le CD en mains propres à Amel, mais je suis tombé sur l’une de ses choristes, à qui j’ai expliqué ma situation en quelques mots. Avec beaucoup de délicatesse, ladite choriste a rétorqué que, de toute façon, “Amel s’en fout, elle écoute jamais les maquettes“. Réprimant un sanglot, je lui ai répondu que tant pis, je prenais le risque. Et je lui ai donné le CD.

Trois mois plus tard, alors que j’avais fait le deuil de cette anecdote, je m’apprêtais à prendre le train pour passer le week-end à Paris quand soudain, mon téléphone a sonné.

A l’appareil, un type se présente – “je suis directeur artistique” – et m’explique qu’il a écouté un CD de moi.

Un CD que j’aurais remis lors d’un concert à Amel Bent.

Qui aurait kiffé deux instrus.

Qu’elle souhaiterait utiliser pour son album.

Note : je crois que je pourrais me raconter cette histoire chaque jour de ma vie avant de m’endormir, çe passage précis me ferait toujours le même effet.

Sur le coup, j’ai pas pigé. Ensuite, je suis devenu complètement dingue, mais je me suis efforcé de rester le plus neutre possible – comme s’il m’arrivait fréquemment de recevoir ce genre de coup de fil.

Le lendemain matin, j’avais rendez-vous avec le mec, dans les locaux d’une société parisienne qui avait des disques d’or de Sinik et Lââm au mur. L’entretien n’a pas duré longtemps. Je me suis présenté vite fait, le type m’a fait écouter les deux prods en question (track 1 et 2 sur le Beat-CD, j’avais eu du flair), et on a discuté un peu :

- T’as déjà bossé avec qui ?
- Bah… Shaolin, Dreyf… Tu connais ?
- Nan.
- (…)

Au bout de quelques minutes, il a bien fallu que je lui dise que j’avais utilisé des samples pour composer les deux sons, et j’ai senti à ce moment précis que je venais de casser l’ambiance.

En rentrant chez moi après ce rendez-vous, dans ma tête, j’étais Timbaland. Fou d’enthousiasme à l’idée de placer deux sons sur l’album d’une artiste que je kiffe, je me sentais comme un gosse qui vient de coincer son pied dans la porte de l’usine du Père Noël.

Mais la suite a été moins spectaculaire : de septembre à avril 2007, j’ai eu aucune info sur l’avancement de l’album. Quand j’envoyais des mails, on me répondait qu’on me tiendrait au courant. Je me suis donc bercé d’illusions pendant quelques mois, avant de tomber sur la une du quotidien Aujourd’hui En France le 19 avril. A côté de Nicolas Sarkozy (“J’ai des cicatrices partout“), un encart : “Amel Bent dit tout“. Et là, la douche froide : son nouvel album, celui auquel j’espérais participer, était annoncé pour le mois de juin. Avec en prime la présence d’un titre écrit par Charles Aznavour. Il manquait juste un featuring de Jay-Z pour que je me jette sous le premier bus qui passait.

Etant donné que je n’avais pas envoyé de pistes séparées de mes deux instrus, j’ai donc compris que c’était mort. Tant pis. Bizarrement, ma non-participation au disque m’a moins fait chier que je ne le craignais, sachant que quelques mois plus tôt, je m’accrochais à cet espoir comme à une bouée de sauvetage. Comprenons-nous bien : je ne raconte pas cette petite aventure avec aigreur, mais je me suis tellement raconté cette histoire qu’il faut bien que je la partage avec deux ou trois personnes aujourd’hui. Les deux prods n’ont pas été retenues pour des raisons que j’ignore complétement, mais j’aurais bien aimé savoir pourquoi, par simple curiosité.

J’ai pas encore écouté le nouvel album d’Amel Bent, et je pense pas que je le ferai – je suis un garçon très fragile. Mais si jamais vous y entendez un son qui ressemble vaguement aux deux instrus en écoute sur ma page myspace, faites-moi signe, je me ferai une joie de détester l’industrie du disque et de faire noter, en épitaphe de ma carrière de beatmaker, la phrase : Industry shady, y’all need to be taken over.

Enfin, je n’ai jamais été en contact avec Amel Bent, et ça m’aurait fait kiffer de la remercier, parce que même si cette histoire ne s’est pas finie comme je l’espérais, c’est le genre de petit événement qui donne envie de s’accrocher à son rêve. Et si vous trouvez ça pathétique, j’vous emmerde.

Sample clearance

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J’ai un point commun avec Just Blaze : lui aussi a un perdu son mojo ces derniers temps.

Résumé rapide : l’album de Saigon, attendu comme un Illmatic des temps modernes, n’est toujours pas prêt de sortir. Il y a quelques jours, Saigon s’est emporté et a posté un message sur sa page Myspace, en tirant à vue sur la maison Atlantic Records, qui doit sortir le projet – une situation proche de ce qu’a connu The Clipse chez Jive. Nerd patenté, Just Blaze, qui travaille de très près sur l’album, vient de pondre une longue explication en forme de mise au point sur son blog :

> Stricty Business [themegatrondon.com]

Pour tout ceux qui s’intéressent aux histoires de samples, d’autorisations, d’industrie du disque et de frustration, c’est une lecture passionnante. Merci à Ammo pour l’info.

La perte du mojo : pire ennemi du beatmaker

Puisqu’on est entre nous, il faut que je vous confie quelque chose : Dreyf et moi, on a subi une petite perte de mojo ces derniers temps. Pour les non-initiés, le mojo est un truc tiré du film Austin Powers. En gros, ça correspond à l’énergie sexuelle du héros. Mais dans mon univers, c’est Jay-Z qui a rendu la notion de mojo vraiment cool, dans l’incroyable morceau ‘Blueprint 2′.

(Note annexe : c’est rare que Jay-Z transpire la haine, il réussit toujours à garder une distance avec tout ce qui l’entoure, c’est d’ailleurs sa plus grande force. Mais dans ce titre, on sent le mec humilié qui veut sa revanche. Le deuxième couplet est mortel, il m’a d’ailleurs fallu 4 ans pour comprendre le sens de la phrase : “The lil’homie Jungle is a garden to me“).

Mais je m’égare.

On avait donc pas vraiment la grande forme, pour plusieurs raisons :

- Le temps passe : mine de rien, c’est quand même du boulot de faire un album de rap ! Non pas qu’on soit incompétent, mais comme ça fait longtemps qu’on bosse sur ce disque, on finit par remettre des causes des titres, des prods et des textes qui ont plusieurs mois. On se persuade qu’on peut faire mieux et du coup, on voudrait tout recommencer de zéro.

- Et ce téléphone qui ne sonne pas (Léandro, Popstars 2) : toujours pas de nouvelles des éditeurs de Charles Aznavour. Non pas qu’on soit pessimiste, mais un petit signe de leur part nous ferait le plus grand bien.

- Amel Bent qui chante le titre écrit par Aznavour dans “En aparté” : c’était hier sur Canal. Très belle chanson, très belle interprétation, mais l’addition du facteur Amel Bent + Charles Aznavour me plonge à chaque fois dans une forme de mélancolie. Je vous expliquerai tout ça très prochainement.

- L’impression d’être le cul entre deux chaises : j’ai peur que le concept “Charles Aznavour” donne l’idée aux gens qu’on arrive avec un truc super soft, super “rap qui s’éloigne du rap“, alors qu’en fait pas du tout. Sérieux, à côté des deux dernières prods que j’ai filé à Dreyf, “Comme dans un coin du Bronx” est un morceau intimiste. Ca, par contre, c’est la bonne nouvelle qui nous regonfle le moral pour la suite : on a encore en nous l’énergie suffisante pour améliorer cet album.

Post scriptum :

Hi Dreyf & Catharsis,

Cindy Crawford Fans would like to be added to your MySpace friends list.

By accepting Cindy Crawford Fans as your friend, you will be able to send Cindy
Crawford Fans personal messages, view Cindy Crawford Fans’s photos and blog, and
interact with each other’s friends and network!

Merci Internet.

Cinq anecdotes autour du Bronx

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Plage 4. Best. Song. Ever.

1. Quand j’ai proposé la prod’ à Dreyf, je lui ai présenté la chose comme un croisement entre du rap new yorkais super véner’ (les couplets) et du dirty south tout en lenteur (le refrain). Dans ma tête, Dreyf devait être Prodigy sur les couplets, avant de se muer en Ludacris pour le refrain. Au final, il reste Dreyf pendant tout le morceau, et c’est bien mieux comme ça.

2. Quand Dreyf m’a demandé quel genre de thème j’imaginais sur un son comme ça, je lui ai répondu quelque chose du genre “Raconte que le rap, pour nous, c’est un peu une lutte contre le quotidien, une longue marche dans le désert” (je retranscris de tête hein). Dreyf ne sait pas que cette idée récurrente me vient d’Alain Souchon, qui répète dans le sublime morceau “La vie Théodore” une phrase qui me hante : “Marcher dans le désert, marcher dans les pierres, marcher des journées entières…“. Un jour, je ferai un album autour d’ avec Alain Souchon.

3. Une semaine avant de mixer le morceau, malade comme un chien, je me suis mis en tête de refaire la prod’, que je trouvais affreusement médiocre. Je me suis donc obstiné à emmener le sample dans une autre direction, avant de finir par revenir au point de départ. De cette expérience malheureuse, il est resté malgré tout un nouveau kick, une nouvelle caisse claire et une ligne de basse. Ouf.

4. Au départ, la partie “Toi” du refrain devait être chopped-and-screwed-isée (traduction inexacte : ralentir la voix tout en conservant sa vitesse), mais on a finalement décidé lors du mix de conserver une voix à visage humain. Et c’est Dreyf qui a eu l’idée de placer le scratch de Jadakiss en intro. Moi, franchement, j’étais pas vraiment convaincu au départ, mais en fait, ça défonce. Un grand merci à DJ Karz, l’auteur des scratchs, qui a signé pour nous quatre mesures de bonheur.

5. Pour faire l’instru, je me suis inspiré du morceau “The Future” de Diddy, écrit par Pharoahe Monch et produit par Havoc. En vérité, le seul petit point commun entre les deux morceaux et le contretemps de caisse claire sur les couplets (poum-poum tac-tac en jargon professionnel), mais l’instru n’aurait sans doute pas existé sans Puffy. Merci Sean.