L’heure de vérité (ou presque)

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A la fin du mois d’avril, nous avons écrit à Charles Aznavour.

Ca faisait pas mal de temps que l’on planchait sur un courrier pour lui présenter notre projet et solliciter de sa part une écoute, une rencontre et, peut-être, éventuellement, l’autorisation de sampler son répertoire en toute liberté. Vu la tournure que prenaient les choses, je pense que Dreyf et moi, on aurait pu fignoler cette lettre pendant une bonne dizaine d’années tellement on craignait de propulser l’album dans le gouffre à cause d’un adjectif maladroit ou d’une erreur de conjugaison. Finalement, on a pris notre courage à deux mains et on s’est décidé à l’envoyer.

Alors que l’on ne savait pas vraiment à qui écrire, on a finalement réussi à obtenir une adresse (merci Monsieur Réval) : celle des Editions Raoul Breton, la société qui détient l’intégralité du répertoire de Charles Aznavour et dont il est lui-même partie prenante. D’après ce que j’ai compris, il s’agit d’une grosse structure, qui possède un large pan de la chanson française du siècle dernier et qui gère également les éditions d’artistes comme Linda Lemay. Cette société est dirigée par Gérard Davoust, vice-président de la SACEM.

Tout de même.

Le 27 avril – cachet de la poste faisant foi – notre lettre (adressée en copie à M. Davoust) a donc été remise à un homme d’affaires fumant le cigare par un postier arrivé à bicyclette en sifflotant, quelque part dans un grand bâtiment parisien aux couloirs tapissés de disques d’or (laissez-moi vivre mon fantasme, merci).

Et hier, j’ai reçu un coup de téléphone.

Non, ce n’était pas Charles Aznavour. Ce n’était pas Amel Bent non plus.*

Non, à l’autre bout du fil, il y avait un responsable de cette société d’éditions, qui m’a informé que notre courrier avait bien été pris en compte. En quelques minutes, il m’a expliqué très simplement la problématique de l’autorisation. Grosso modo, il y a trois entités qui auront leur mot à dire :

- les éditions Raoul Breton, qui possèdent les chansons de Charles Aznavour (pour résumer : les textes et les mélodies)
- la major EMI, qui possède les enregistrements des chansons de Charles Aznavour
- …et Charles Aznavour lui-même, bien sûr, garant de l’utilisation qui est faite de sa musique.

Nous sommes donc arrivés à un moment crucial dans la concrétisation de ce projet : cette semaine, nous allons préparer un gros dossier, dans lequel on incluera tous les textes de Dreyf, toutes nos maquettes et toutes les informations sur les samples utilisés pour l’album. On va envoyer ce dossier aux Editions Raoul Breton, en espérant très fort qu’ils ne considéreront pas notre disque comme un horrible pillage. Quoiqu’il en soit, mon interlocuteur m’a expliqué que c’est une démarche à laquelle ils sont habitués, mais qui peut prendre du temps en raison de l’emploi du temps chargé de Monsieur Aznavour.

En raccrochant, j’étais à la fois surexcité et un peu inquiet. Surexcité parce que, mine de rien, on se rapproche tout doucement du but. Et inquiet, parce que je sais désormais que si notre projet n’est pas “autorisé”, c’est sans doute par un coup de fil de deux minutes ou une lettre de trois lignes que l’on va l’apprendre.

* Désolé pour la digression, mais je reste convaincu que le 18 juin prochain, elle se dira que vraiment, ça valait le coup de garder mes prods pour son album. Au passage, écoutez les deux instrus sur mon Myspace, histoire qu’il y ait au moins jurisprudence morale si jamais mes prods ont été volées réadaptées. On n’est jamais trop parano.