Comme dans un coin du Bronx : les paroles

Suivez son regard, il chante alors qu’il n’y a pas d’quoi crier victoire.
Dreyf & Catharsis – Comme dans un coin du Bronx (2007)
(Dreyf / Catharsis – Charles Aznavour)
Intro – Scratch (Jadakiss – Where it started at (NY))
“Got a lot of heart / Best part is I’m clever too”
Premier couplet
Moi j’ai beaucoup d’cœur, le truc c’est qu’j’suis malin aussi, et quand les beaux jours s’meurent, j’me rappelle tous mes patelins horribles. Yema, on en a vu des vertes et des pas mûres mais ça, ça nous a fait s’dissocier des moutons d’Panurge. Et rien ne urge, certes, tant qu’on respire c’t’air, s’taire ou crier jusqu’à s’en griller les connectiques. On bouge en grosse équipe ? Pas le moins du monde. L’ennui nous rattrape et j’rappe comme dans un coin du Bronx. Écrire contre l’oubli ou la routine, laisse-moi sortir mes bout d’titres, un I-pod me mémorisera. J’suis pas dans la course, p’tit, à qui terrorisera les groupies, le Hip Hop, rapper c’est trop vicelard en fait…
Refrain
Toi, pourquoi t’écris constamment, tu trafiques un 16 ?
Moi, j’suis pas sceptique, j’écris comme j’me fabrique un rêve.
Toi, pourquoi tu chantes comme si tu volais dans les airs ?
Moi, pour pas qu’j’déjante à force d’arpenter le désert.
Toi, pourquoi t’y crois comme si tu connaissais demain ?
Moi, c’est pas qu’j’y crois mais j’tâche de transgresser le rien.
Toi, pourquoi tous tes espoirs et rêves ne s’enfuient pas ?
Car j’fais ce rap comme je me bats contre l’ennui.
Deuxième couplet
Conflit dans mon vocabulaire après quelques vodka Bull-Red. Les mots me manquent, mes maux me hantent comme si j’avais rotte-ca une vieille, mais malgré qu’j'ai traîné mes bulles d’air dans bien des rues d’merde, j’ai su m’freiner et j’mérite pas qu’on m’érige une stèle. Non. J’entends “Pour du sang neuf c’est balaise !” : qu’est-ce que tu crois qui coagule dans mon 39 m² ? J’veux pas qu’on me congratule, ni qu’on me sente seul, égaré, dans l’temps, j’aurai pu devenir peut-être taré. Peu d’êtres savent qui j’suis, une chimère à moi-même, j’ai quitté la croisière quand ils érigeaient la croix d’fer. Qu’est-ce qui a brisé ma voix d’miel, dites-moi ? Suis mon regard, je chante alors qu’il n’y a pas d’quoi crier victoire.
Refrain
Troisième couplet
Parce qu’au fond il ne s’agit que d’ça : la vie on en attend quelque chose, via une maigre cause ou quelques vieilles proses. Le cul d’sac de ceux en qui personne ne croyait, tu connais, pourquoi crois-tu que tu vibres sur les sons d’ce clavier ? Libre n’est pas celui qui pense l’être : garde ça en tête si tu veux croquer la vie avec des dents d’lait. Le croquis d’une génération funambule, j’suis vraiment pas conquis, que veux-tu qu’j’écrive de plus dans l’urne, hein ? En fait, j’ai trop de pessimisme en tête, mes plaies s’immiscent sans cesse dans mes textes et récidivent en vrai. Les mecs s’imitent dans l’game, attendent des salaires au lance-pierre… Écoute un peu mon enfer, un son qu’je n’ai fini d’sampler.
Refrain
Outro chopped and screwed
“Ecrire contre l’oublie et la routine / J’rappe comme dans un coin du Bronx“

Bon anniversaire

Ce blog devient petit à petit un vrai site de fan, mais tant pis : Charles Aznavour a fêté hier ses 83 ans. Joyeux anniversaire m’sieur !
Au chapitre des bonnes nouvelles : voilà un truc qui me fait super plaisir.

Aznavour : 10 chansons références
Deuxième cas pathologique à signaler, après l’aznavourite aigüe : le prosélytisme aznavourien. Dans mon entourage, il n’y a pas de fan à qui je peux réciter des couplets d’un air entendu, alors il y a peu, j’ai décidé d’adapter le concept bien connu du “Je-vais-te-faire-une-compil’-de-rap-pour-te-prouver-que-c’est-bien” pour faire découvrir les classiques de Charles Aznavour à mes sœurs. J’ai donc scrupuleusement choisi 10 titres parmi l’immensité de son catalogue. Objectif : les faire fondre en larmes.
Voici ma sélection :
Non je n’ai rien oublié
Au départ, j’étais parti pour faire une sélection underground, mais je me suis aperçu que chez Aznavour, les titres les plus connus sont souvent les meilleurs. “Non je n’ai rien oublié” s’est imposé par sa dimension cinématographique : après des années de séparation, un homme recroise l’amour de sa vie dans la rue. Dans le rôle principal, Aznavour fait vivre la scène, entre flashbacks, confidences intimes, et envolées enflammées. L’auditeur, lui, devient spectateur de ces retrouvailles. J’adore les chœurs qui soulignent les couplets. Et raccompagner une fille “à travers les rues mortes“, c’est vraiment la classe.
Au printemps tu reviendras
Peut-être mon titre préféré d’Aznavour. Je suis raide dingue de l’orchestration du morceau, qui oscille entre des moments de pure joie sautillante et une mélancolie inavouée. Il y a dans l’optimisme désespéré du narrateur quelque chose qui vient me serrer le cœur à chaque écoute. Ne me dites pas que je suis fleur bleue, j’suis sûr que ça vous fait pareil.
Et moi dans mon coin
Voilà un morceau que j’ai découvert sur le tard, après m’être contenté de survoler ses premières mesures pendant des mois, sans me douter qu’il y avait un titre déchirant juste derrière. Dans son premier album, Cali avait fait un titre similaire sur le thème de l’intrus dans le couple (’Dolorossa’). Malgré tout le respect que j’ai pour Cali, il se fait littéralement exploser par Charles Aznavour dans ‘Et moi dans mon coin’. Ecoutez bien la façon dont il dit “J’ai passé une excellente soirée” à la fin. Imbattable.
L’amour et la guerre
Un titre que j’ai ajouté in-extremis à la sélection, sans qu’il fasse vraiment partie de mes classiques à la base. “L’amour et la guerre” se joue sur la richesse des arrangements, avec tout ces instruments qui viennent capter l’attention pendant une seconde avant de s’éclipser. L’interprétation est un peu surannée, un peu “entre-deux-guerres”, un sentiment accentuée par la (fausse) naïveté du thème : faisons l’amour, pas la guerre.
Le palais de nos chimères
Le morceau préféré de Dreyf. Il aurait aimé que je le sample, mais j’en suis incapable. J’adore quand Aznavour réussit, comme dans ce titre, à évoquer toute une vie en quelques strophes. Chaque mot est soupesé, les phrases sont limpides, à la fois précises et oniriques (”le palais de nos chimères, nous l’avions bâti sur l’horizon“). Tout ce qu’il dit à partir d’1:09 incarne selon mes critères la pureté absolue. Si on ne faisait pas de rap, j’insisterais auprès de Dreyf pour qu’on appelle notre album “Le château de la rose des vents”.
Qui ?
… Te prendra un “Je t’aime”. Rien à ajouter.
Hier encore
Je ne sais plus à quel âge Aznavour a écrit des textes comme celui-là, il ne pas devait être beaucoup plus vieux que moi. Qu’un homme de moins de trente ans réussisse à écrire une chanson éternelle sur le temps passé avec une telle lucidité et un tel recul est pour moi un vrai mystère.
L’amour c’est comme un jour
Le pendant de “Hier encore”, en remplaçant “le temps” par “l’amour”. Je n’ai jamais compris ce que voulait dire “un jour de soleil en ripaille“, mais c’est doux à mon oreille, et c’est évidemment la seule chose qui importe. Pour info, ce n’est pas Charles Aznavour qui a écrit le texte, mais l’auteur (Yves Stéphane) a un sens de la simplicité bluffant : après “L’amour c’est comme un jour”, plus personne n’a pu faire aussi bien rimer “avenir” avec “souvenir“.
Il te suffisait que je t’aime
Je commence à épuiser mon stock de superlatifs. Une chose qui me bouleverse dans ce morceau, c’est la façon dont les violons et les cuivres viennent petit à petit charger l’atmosphère de nuages grisâtres au-dessus de ce couple vieillissant. Peut-être mon titre préféré d’Aznavour (bis).
Sa jeunesse
Teaser : l’un des meilleurs titres d’Aznavour pourrait bien devenir le meilleur titre de Dreyf. Avant que de sourire…
Et vous, quel est votre Top 10 des chansons d’Aznavour ?

L’heure de vérité (ou presque)

A la fin du mois d’avril, nous avons écrit à Charles Aznavour.
Ca faisait pas mal de temps que l’on planchait sur un courrier pour lui présenter notre projet et solliciter de sa part une écoute, une rencontre et, peut-être, éventuellement, l’autorisation de sampler son répertoire en toute liberté. Vu la tournure que prenaient les choses, je pense que Dreyf et moi, on aurait pu fignoler cette lettre pendant une bonne dizaine d’années tellement on craignait de propulser l’album dans le gouffre à cause d’un adjectif maladroit ou d’une erreur de conjugaison. Finalement, on a pris notre courage à deux mains et on s’est décidé à l’envoyer.
Alors que l’on ne savait pas vraiment à qui écrire, on a finalement réussi à obtenir une adresse (merci Monsieur Réval) : celle des Editions Raoul Breton, la société qui détient l’intégralité du répertoire de Charles Aznavour et dont il est lui-même partie prenante. D’après ce que j’ai compris, il s’agit d’une grosse structure, qui possède un large pan de la chanson française du siècle dernier et qui gère également les éditions d’artistes comme Linda Lemay. Cette société est dirigée par Gérard Davoust, vice-président de la SACEM.
Tout de même.
Le 27 avril – cachet de la poste faisant foi – notre lettre (adressée en copie à M. Davoust) a donc été remise à un homme d’affaires fumant le cigare par un postier arrivé à bicyclette en sifflotant, quelque part dans un grand bâtiment parisien aux couloirs tapissés de disques d’or (laissez-moi vivre mon fantasme, merci).
Et hier, j’ai reçu un coup de téléphone.
Non, ce n’était pas Charles Aznavour. Ce n’était pas Amel Bent non plus.*
Non, à l’autre bout du fil, il y avait un responsable de cette société d’éditions, qui m’a informé que notre courrier avait bien été pris en compte. En quelques minutes, il m’a expliqué très simplement la problématique de l’autorisation. Grosso modo, il y a trois entités qui auront leur mot à dire :
- les éditions Raoul Breton, qui possèdent les chansons de Charles Aznavour (pour résumer : les textes et les mélodies)
- la major EMI, qui possède les enregistrements des chansons de Charles Aznavour
- …et Charles Aznavour lui-même, bien sûr, garant de l’utilisation qui est faite de sa musique.
Nous sommes donc arrivés à un moment crucial dans la concrétisation de ce projet : cette semaine, nous allons préparer un gros dossier, dans lequel on incluera tous les textes de Dreyf, toutes nos maquettes et toutes les informations sur les samples utilisés pour l’album. On va envoyer ce dossier aux Editions Raoul Breton, en espérant très fort qu’ils ne considéreront pas notre disque comme un horrible pillage. Quoiqu’il en soit, mon interlocuteur m’a expliqué que c’est une démarche à laquelle ils sont habitués, mais qui peut prendre du temps en raison de l’emploi du temps chargé de Monsieur Aznavour.
En raccrochant, j’étais à la fois surexcité et un peu inquiet. Surexcité parce que, mine de rien, on se rapproche tout doucement du but. Et inquiet, parce que je sais désormais que si notre projet n’est pas “autorisé”, c’est sans doute par un coup de fil de deux minutes ou une lettre de trois lignes que l’on va l’apprendre.
* Désolé pour la digression, mais je reste convaincu que le 18 juin prochain, elle se dira que vraiment, ça valait le coup de garder mes prods pour son album. Au passage, écoutez les deux instrus sur mon Myspace, histoire qu’il y ait au moins jurisprudence morale si jamais mes prods ont été volées réadaptées. On n’est jamais trop parano.

Premier extrait de l’album

‘Comme dans un coin du Bronx’, en écoute et en téléchargement sur www.myspace.com/dreyfcatharsis.
Vos impressions ?
