Archive pour avril 2007

L’aznavourite aïgue

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J’ai une théorie : d’ici 4 ou 5 ans, le rap new yorkais du début des années 2000 sera considéré comme un âge d’or du hip-hop.

Je ne sais pas si c’est lié au voyage à New York qui a traumatisé la fin de mon adolescence ou à la relative inertie de la Grosse Pomme sur l’échiquier du rap actuel, mais j’avoue avoir une certaine fascination pour le rap new yorkais du tournant du millénaire : il y a toujours une poignée de tueries dans des albums comme “The Reunion”, “Child of the Ghetto” ou “The Professionnal Part 2″, et c’est précisément parce que ces disques sont loin d’être indispensables que j’ai envie de leur donner une chance.

Aujourd’hui, j’ai dépoussiéré l’un de ces albums issus de cette époque où les rappeurs de New York profitaient des derniers instants de calme avant les tempêtes en provenance d’Atlanta, Houston et Miami. Il s’agit de la compilation “Violator Volume 2″, sorti en 2001 chez Loud Records et qui réunissait la plupart des artistes signés en management dans la société de Chris Lighty. Beau casting – Fat Joe, Kurupt, Missy, Cee-Lo, The Lox – mais album fourre-tout.

Jusqu’à maintenant, j’avais retenu peu de choses de cette compil’, hormis bien sûr le monstrueux ‘Grimey’ de Noreaga, qui a tout du classique en puissance grâce aux rimes poilantes de N.O.R.E. (“…gettin’ so much brains I’m startin to feel smart“) et la nappe synthétique qui donne une dimension presque terrifiante au refrain semi-improvisé de Pharrell.

Autre élément marquant du disque : les fausses bandes-annonces qui font office d’introduction – typiquement le genre d’idée que j’aurais aimé avoir.

J’écoutais donc l’album d’une oreille distraite quand soudain, le choc. Un sample de Charles Aznavour ! “Non, je n’ai rien oublié” est repris dans ‘Die 3′, improbable morceau qui réunit des ex-futurs espoirs du nom de Baby Jay, Lickel Reg, Chedda Boy et Crisis. En redécouvrant ce titre, dont je n’avais aucune connaissance, j’ai eu un de ces moments de vide intérieur que les producteurs doivent avoir quand ils découvrent qu’un de “leurs” samples a été déjà utilisé. Pendant une demi-seconde, je me suis donc demandé si a) j’écoutais l’un de mes beats-CD ; b) j’avais vraiment produit un titre sur cette compil’ il y a 6 ans et c) quelqu’un avait piqué un disque de ma collection pour faire une prod’.

Evidemment, j’ai fini par reprendre mes esprits, et j’ai bien du admettre qu’il y avait probablement une poignée de personnes qui, avant moi, avaient du écouter la musique de Charles Aznavour, et – les salauds – avaient même du la sampler pour faire du rap !

Le titre n’est pas incroyable : le beatmaker a repris les deux dernières mesures du morceau, celles où le violon s’envole pour aller mourir sous un arbre, et les fait tourner en boucle pendant 4 minutes – ce qui n’est pas pour me déplaire, d’ailleurs. Avec Dreyf, on avait aussi prévu de faire un titre à partir de “Non, je n’ai rien oublié”. Un interlude d’un seul couplet. J’étais parti dans quelque chose d’assez brutal, en jouant avec un sample vocal qui dit “nooooon” et ce passage précis du violon mourant. Le morceau a été enregistré, mais il ne fera pas le final cut.

L’écoute de ce morceau m’a fait réaliser que j’ai développé un syndrome bizarre autour de Charles Aznavour : dès que j’entends un morceau de rap qui le sample, je ressens une espèce de vexation intime, comme si on me volait une partie de moi-même, et je vis un moment de panique dans lequel je réalise qu’il faut à tout prix que l’on sorte cet album, tout en craignant d’être moins bon producteur que les sampleurs d’Aznavour qui m’ont précédé. Pour guérir, j’écoute nos maquettes à fond et je me dis qu’en fait, ça va.

Ci-dessous, le son incriminé :

Violator ft. The Outfit (Baby Jay, Lickel Reg, Chedda Boy & Crisis) – Die 3

Et en bonus, forcément :

Violator ft. Noreaga – Grimey

I got my mojo back, baby

Dans la série “Ces petites anecdotes qui donnent la pêche pour 3 semaines“, j’ai eu le plaisir d’être contacté il y a quelques jours par Bernard Réval, co-auteur avec sa compagne Annie du livre “Aznavour, le roi de cœur”, biographique vertigineuse de Monsieur Charles, qui retrace sa vie et sa carrière jusqu’aux débuts des années 2000 autour de nombreux témoignages.

Mr Réval est tombé par hasard sur ce blog – je savais que c’était une bonne idée – et, intrigué par notre projet, a eu envie parler de notre disque dans une nouvelle biographie d’Aznavour actuellement en cours d’écriture et dont la sortie est prévue pour la fin d’année 2007.

J’ai pris cette nouvelle avec beaucoup de sang froid.

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Comme j’ai pu dire à Monsieur Réval lors de notre conversation au téléphone, si j’avais lu “Le Roi de Cœur” il y a 1 an et demi, je ne pense pas que j’aurais eu le courage d’oser un hommage en forme d’album de rap. La raison est évidente, mais je n’en avais pas nécessairement conscience avant d’en savoir plus sur son histoire : Aznavour est un géant. Un vrai. Le 4e de couverture du livre avait déjà suffit à me donner des sueurs froides : il a été élu par CNN et Times Magazine “artiste de variété du 20e siècle” devant Elvis Presley et Bob Dylan. Tout de même !

Il devrait donc y avoir un paragraphe à propos de Dreyf et Catharsis dans cette nouvelle biographie, et c’est pour nous un très grand honneur de pouvoir être cité dans un tel ouvrage, aux côtés de ses proches, ses collaborateurs et des artistes qu’il a côtoyé et/ou inspiré. Merci donc à Bernard et Annie Réval pour leur curiosité et leurs encouragements – ils nous vont droit au cœur.

Les raisons d’y croire (vol. 2)

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Très sincèrement, je n’ai aucun problème avec la musique de Tragédie. Le monde a besoin de tubes éphémères, de sucreries auditives et de prétextes musicaux pour que les adolescents se roulent leurs premières pelles. Si j’étais dans un bon jour, j’irais même jusqu’à dire que si ces deux jeunes hommes ont été capables d’être des idoles pendant quelques mois, ce n’est pas seulement parce qu’un directeur artistique véreux en a décidé ainsi.

Mais tout de même, en utilisant “Parce que tu crois” d’Aznavour pour ce morceau, je suis sûr qu’ils sont persuadés d’avoir samplé Dr. Dre pour rendre hommage à Sean Paul et Blu Cantrell.

Le coeur léger, et le bagage mince

J’étais ce week-end à Paris, où l’on a continué de travailler sur l’album. Bilan :

- On a mixé le premier extrait de l’album dans la nuit de samedi à dimanche. Le morceau s’appellera ‘Comme dans un coin du Bronx’. Il y a une partie de moi qui crève d’envie de vous en parler, mais vous le découvrirez en temps voulu. Tout ce que je peux vous en dire pour le moment, c’est :

- … nan rien. Chaque chose en son temps.

- L’ingénieur du son qui mixe notre album est un monstre de technique. L’observer travailler est l’une des choses les plus instructives qu’il m’ait été donné de voir en musique.

- Aller se coucher à 6h30 du matin après avoir passé la nuit à faire de la musique, c’est quand même le bonheur. Les rappeurs devraient nous le dire plus souvent.

- L’album de Delta (Expression Direkt) sort à la rentrée. Achetez ce disque.

- On a fait notre première séance photo samedi après-midi. Merci à Zo. et Kosh du collectif photoctet pour leur participation et leur patience. J’attends de voir le résultat pour employer le terme “grown and sexy”, mais je dois avouer que mon égo a plutôt apprécié de se faire photographier dans les rues de Paris. Surtout avec un col roulé et un vynile d’Aznavour entre les mains.

- Note pour moi-même : penser à habiter à Paris.

- Note pour mon portefeuille : si jamais j’habite à Paris, éviter d’aller au Gibert de Saint Michel plus d’une fois par mois.

- Bilan de la session d’enregistrement du dimanche 7 avril : peut mieux faire. Du mal à travailler efficacement. Un des titres-phares du projet nous tracasse. Dreyf veut le réécrire. Moi, je le trouve parfait. Et j’ai raison – mais ne lui dites surtout pas.

- Dreyf. Catharsis. L’album. Bientôt dans les bacs. On arrive. T’inquiète. Siiiii si.
Désolé mais c’était plus fort que moi.

Les raisons d’y croire (vol. 1)

J’inaugure aujourd’hui une grande série thématique visant à accréditer la théorie selon laquelle on peut espérer que Mr. Aznavour nous autorise à lui rendre hommage en échantillonnant, découpant et réinterprétant sa musique.

Pour se faire, je vais effectuer des recherches rigoureuses pour me rassurer vous expliquer en quoi nous pouvons être optimistes.

L’argument du jour, c’est cette citation trouvée dans une biographie d’Aznavour intitulée “Le Roi de Cœur” (dont je parlerai plus en détail prochainement) :

“Malgré les mondes différents, la jeune génération intéresse Aznavour, à en juger par l’énoncé de son opinion sur “l’affaire” concernant le groupe NTM : “Beaucoup de bruit pour rien. Le jugement de Toulon a été ridicule. Il a démontré une chose : que les juges ne savent pas ce qu’il se passe en dehors de leur tribunal. Ils ne connaissent pas le langage des jeunes. D’ailleurs, cette façon de s’exprimer, ils ne l’ont pas inventée. “Motherfucker”, ça existait déjà chez Frank Zappa. Moi qui déteste la grossièreté, j’avoue que je n’aime pas “Nique ta mère”. Je suis un oriental et chez moi, on ne touche pas à la mamma ! Ils auraient dit “Nique ton père”, ça m’aurait moins gêné !”.”

Etant donné que l’expression “Nique Ta Mère” est restée dans l’inconscient collectif comme la plus grande hérésie de la musique française des 15 dernières années, je suis plutôt content de voir que sur ce sujet, il n’hurle pas avec les loups. On peut en conclure qu’il n’a pas un a priori négatif envers le rap. C’est un point fondamental.

Pour info, je précise qu’en cas d’humeur maussade dans les jours qui viennent, je lancerai sûrement une autre série intitulée : “Les raisons de baisser les bras et d’enfouir six pieds sous terre tout espoir de sortir ce disque”.