L’inconnue du projet

Je sais ce que vous devez vous dire : “C’est bien beau de rendre hommage à Charles Aznavour, mais encore faut-il qu’il vous donne son autorisation. S’il refuse, vous faites quoi ?“.

J’avoue : s’il y a un truc qui casse un peu notre enthousiasme, c’est la perspective de voir tout le travail accompli par un “NON” lapidaire le jour où l’on va l’approcher pour obtenir l’autorisation d’utiliser les extraits de ses chansons.

Certains jours, je me dis que tout se passera bien : emballé par la qualité du projet, il nous accueille à bras ouverts et nous donne accès à des trésors cachés de son répertoire pour qu’on fasse des morceaux encore plus mortels. Dans la foulée, il passe un coup de fil à Pascal Nègre pour que l’album sorte dans des conditions optimales. Les radios jouent le jeu, on obtient même le “Pass Abd Al Malik” qui nous permet de venir présenter l’album au “Fou Du Roi” sur France Inter. Tout auréolé par ce succès, je me fais dévorer par ma mégalomanie et commence à porter des grosses lunettes de soleil comme Scott Storch.

Le rêve…

D’autres jours, j’imagine le scénario inverse : un matin, Aznavour découvre le disque dans sa boîte aux lettres avec une moue dubitative. Mal réveillé, il arrache nonchalamment l’emballage qui contient notre skeud avant de le jeter négligemment derrière son épaule. Le CD atterrit sur l’énorme pile d’albums rap qu’il a refusé au cours des cinq dernières années.

Mais le pire des cauchemars, ça reste ça : pour faire parler du projet, on crée un blog qui annonce sa préparation. On y croit à mort. Un directeur artistique tombe dessus et trouve l’idée géniale. Six mois plus tard, alors que l’on boucle péniblement la réalisation du disque, on apprend qu’Universal s’apprête à sortir “Aznarap 2007″, grande compilation rap français autour d’Aznavour. Le premier single est une reprise de “Tu t’laisses aller” avec Sinik et Diam’s dans le rôle du vieux couple. Considéré comme un honteux plagiat, notre album passe à la trappe.

Mon Dieu.

Espérons que tout se passera bien. Et si jamais on n’y arrive pas, ne vous inquiètez pas pour moi, pensez juste à me ramasser à la petite cuillère.