La Légende des Vingt Chansons d’Or

img-20chansonsdor.jpgJe ne suis pas un fan d’Aznavour depuis très longtemps. Il n’a pas bercé mon enfance, et à l’adolescence, j’étais trop occupé à clamer haut à fort mon amour du rap pour vraiment me pencher sur son répertoire. Pour être tout à fait honnête, je le trouvais même un peu ringard. Mais bon, la lucidité n’était pas vraiment ma première qualité en ce temps là, puisqu’il m’arrivait de porter fièrement un survêt’ Umbro surréaliste, avec un logo géant qui couvrait toute la partie supérieure du corps.

C’est bien plus tard – et relativement récemment quand j’y pense – que tout a basculé. En février 2005.

Je devais prendre ma voiture pour un long trajet en direction d’un entretien d’embauche. Il faisait un soleil éclatant, et les routes de campagne étaient bordées de longues étendues enneigées. Ce jour-là, j’aurais très bien pu aller piocher dans ma vieille collection de cassettes de rap français (sans réfléchir, là, je prendrais “Guet Apens” d’Expression Direkt), mais, allez savoir, j’ai voulu jouer au jeune adulte responsable. Sur les conseils de ma mère, j’ai donc emprunté les “20 Chansons d’Or” d’Aznavour, que je considère désormais logiquement comme un excellent moyen de découvrir Le Grand Charles.

Avec le recul – et même si ces cons ne m’ont pas embauché – ça reste comme l’un de mes meilleurs souvenirs de voyages en voiture, ex-aequo avec les départs en vacances quand j’étais petit et qu’on roulait de nuit pour atteindre le sud de la France (un truc fascinant quand on a 4 ans : l’éclairage métronomique que font les lampadaires dans l’habitacle d’une voiture à 130 km/h).

Sur cette cassette, il y avait donc les Indispensables d’Aznavour : ‘La Bohème’, ‘Hier encore’, ‘L’amour c’est comme un jour’, ‘J’me voyais déjà’, ‘Comme ils disent’, etc. Dans le lot, le seul morceau que j’aurais tendance à zapper, c’est ‘Les plaisirs démodés’, avec son atmosphère tantôt boite de nuit fiévreuse, tantôt dancing langoureux, mais je l’écoute quand même, juste pour la fin – vraiment bizarre – dans laquelle il finit de chanter en marmonnant les paroles. Je me rappelle plus du tracklisting exact, mais je sais qu’il y a un passage incroyable entre ‘Hier encore’ et ‘L’amour c’est comme un jour’, où l’enchaînement des violons donne l’impression qu’il s’agit d’un seul et même morceau. Superbe.

Je pense que le morceau qui m’a le plus foudroyé, c’est ‘Qui ?’. En découvrant ce titre – samplé à la fin des années 90 sur un long morceau de rap anti-censure pas franchement mémorable – j’ai ressenti ce sentiment que beaucoup de fans d’Aznavour doivent partager : l’impression que la chanson a été écrite juste pour soi. Aznavour se met dans la peau d’un homme vieillissant qui vit une passion avec une femme de vingt ans sa cadette. Il sait qu’un jour, il mourra, et que la fille, elle, continuera à vivre et finira par en rencontrer un autre. Il suffit d’avoir été amoureux une fois pour ressentir son angoisse et son effroi. Genre, “Imagine je la croise avec un aut’mec, beuuuarrrrrh“. Evidemment, Aznavour, lui, trouve des mots beaucoup plus beaux. La dernière strophe me bousille à chaque fois, surtout quand il dit “Qui… te prendra un ‘Je t’aime’ ?“.

Te prendra un “Je t’aime”.

Te prendra un “Je t’aime” !!

Elle m’a vraiment fait un drôle d’effet cette cassette. Huit mois plus tard, Dreyf et moi, on lançait le projet. Deux ans après, j’y consacre un blog. J’dois être un peu obsessionnel comme garçon.